H.P. Lovecraft

L'écrivain, son oeuvre, son influence

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Les mondes de Lovecraft : arcanes 1

Par KADATH, juillet 2008

Premier contact

La couverture, sans doute l’une des plus belles présentations pour une bande dessinée inspirée par Lovecraft, arbore un superbe dessin d'Olivier Peru, à qui l'on doit Les guerres parallèles et Shaman en 2007 avec son frère Stéphane, Zak Blackhole en 2004 et de nombreuses colorisations. Cette illustration mérite d’être réalisé en poster, sachant que beaucoup d’admirateurs de HPL aimeraient l'avoir chez eux ! “Depuis la nuit des temps, des dieux noirs corrompent notre monde. Ce sont les Grands Anciens. La folie est leur visage. L’horreur est leur royaume. Leur éveil approche…” Cette présentation alléchante au dos de l'album est suivie d’une courte biographie de Lovecraft qui nous affirme qu’il est l’égal d’Edgar Allan Poe et de… Stephen King ! Une couverture qui attire l’oeil de l'amateur de fantastique constitue un réel plus pour un album.

L'ouvrage regroupe cinq histoires : Le signe sans nom et Massacre à Miskatonic High School dessinées par Jean-Jacques Dzialowski et Dimitri Fogolin, Dagon adapté et dessiné par Teddy Kristiansen, Le dernier voyage du constable Swann par Christophe Palma et Tunguska par Stéphane Collignon et Fabien Alquier. Les six dessinateurs sont présents sur Internet avec parfois déjà une très belle carrière tels Teddy Kristiansen ou Christophe Palma.

Analyse critique

Les deux histoires qui débutent et terminent l’album sont des mêmes dessinateurs et sont surtout intéressantes à cause du rythme de lecture très vif. Deux lycéens provoquent un carnage à la Miskatonic High School et s’enferment dans la bibliothèque. Là, ils sortent de rayons oubliés le Livre d’Eibon, Le Roi en jaune et l’Unaussprechlichen Kulten dont ils connaissent le pouvoir grâce à leur grand-père. Prisonniers des deux apprentis sorciers, leurs camarades meurent à cause des sortilèges nés de la lecture des grimoires. Mais l’un des jeunes commet l’erreur de prononcer le nom d’Hastur et se retrouve victime de ses propres sorts. Le dessin aidé par l’ordinateur limite malheureusement les détails : décors et personnages manquent un peu de caractère, les expressions sont souvent ternes. L’ambiance générale qui s’en dégage est plus proche du style policier, avec un côté froid et dur, accentuée par des couleurs parfois trop différenciées. Plusieurs vignettes sont néanmoins mieux finies et la lecture reste agréable, le récit étant bien cadencé par des textes faciles à lire et bien placés. Quelques contre-plongées en pleine page donnent de l’ampleur aux scènes finales.

Dagon débute par une superbe planche d’Olivier Peru à mi-chemin entre Alien et les dessins de Breccia. Cette bande dessinée de huit planches est la tentative la plus originale et la plus créative de l’album. Sur une plateforme pétrolière, un homme rêve de dimensions oniriques qui aboutissent à la perte de son identité en communion avec des êtres venus des profondeurs océanes. Perdu dans cette autre dimension, il rencontre une pierre gravée perdue dans une mer où brume et océan se rejoignent. Ceux des profondeurs ne sont pas loin pour cet homme au destin inéluctablement tracé… Si le trait est simple, les décors ressemblant à de simples lavis dérivés du vert pâle, l’étrangeté de cette vision glauque procure un profond sentiment d’angoisse souligné par des textes fort attrayants présentés hors-cadre : une réussite !

Le dernier voyage du constable Swann est proche du style actuel de la bande dessinée, mais avec une nette préoccupation d’amélioration des détails. Cette courte histoire d’un homme prisonnier d’un sorcier qui lui arrache sa mémoire évoque un peu Celui qui chuchotait dans les ténèbres. On y trouve quelques belles images de Londres noyé dans la brume, plusieurs études de visages grimaçants qui rappellent un peu les masques du Requiem d’Olivier Ledroit. les huit planches tracent sur fond de drame sanglant la fin solitaire de cette victime de la sorcellerie des Anciens.

Tunguska renoue avec un graphisme plus classique et surtout d’une finesse de trait nettement supérieure. En Sibérie, une expédition met à jour d’étranges ruines qui se prolongent sous terre où ils découvrent les traces d’un culte inquiétant. Ces hommes ont réveillé “quelque chose” qui dormait depuis longtemps sous la neige et les forêts : le cataclysme de Tunguska ne serait pas l’explosion d’une météorite, mais la manifestation d’une autre puissance… Les dessins qui nous montrent ces vestiges souterrains sont réellement excellents, avec l’une ou l’autre trouvaille que je laisse au lecteur le plaisir de découvrir. Peut-on imaginer un Cthulhu qui ne soit pas aquatique ? Stéphane Collignon et Fabien Alquier arrivent à donner en quelques planches assez de corps à leur histoire pour impressionner et nous offrent une fin digne de Lovecraft ! Une très belle réalisation, la bande dessinée la plus “pro” de l’album qui met en appétit et en réclame d’autres : à quand un album complet de Collignon et Alquier ?

Conclusion

En résumé, Les mondes de Lovecraft constitue une vraie réussite, bien que les cinq histoires soient naturellement inégales puisque dessinées selon des sensibilités artistiques différentes. Le reproche de l’étroitesse des récits est compensé par la qualité des dessins et le rythme de lecture qui porte naturellement le lecteur d’une histoire à l’autre tout en gardant un esprit fantastique particulier qui unit les cinq récits en une seule ode à Lovecraft. On notera que l’éditeur parle d'Arcanes 1 : peut-on espérer d’autres albums selon ce principe d’adaptation de l’oeuvre de Lovecraft ? Si oui, il reste du pain sur la planche… à dessin, et un très grand nombre de nouvelles de HPL et des ses successeurs à adapter.

/home2/tiubuk/public_html/data/pages/culturepopulaire/arcanes_1.txt · Dernière modification: 2017/07/30 15:07 (modification externe)