H.P. Lovecraft

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Grands Anciens

Par KADATH, 2011

GRANDS ANCIENS. Scénario : Jean-Marc LAINE Dessin : Bojan VUKIC Couleurs : Anouk PERUSSE-BELL Editeur : SOLEIL T1 LA BALEINE BLANCHE ; août 2010, 46 planches, T2 LE DIEU POULPE ; mai 2011, 46 planches.

La baleine blanche

C’est Herman Melville lui-même qui raconte l’histoire au jeune Ishmaël qui rêve d’embarquer sur un baleinier pour courir l’aventure. Un soir à New Belfort, port de pêche de Nouvelle-Angleterre (le pays d’un certain HP Lovecraft…), Melville raconte l’extraordinaire histoire du capitaine Achab (qui a d’ailleurs grâce à l’humour du dessinateur Bojan Vukic une certaine ressemblance avec l’acteur américain Gregory Peck…). Achab qui tente de liguer les autorités du port pour poursuivre une créature qui a déjà coulé bien des bateaux, rencontre un prêtre qui a identifié le livre mystérieux que tenait un marin fou dans ses bras, le Necronomicon! Le marin obsédé par des images monstrueuses, récite sans cesse des noms étranges : « Ph’nglui mglw’naft CTHULHU R’LYEH wgah’nagl Fhtagn ».

L’astuce du scénariste est de greffer l’histoire de la baleine blanche de Melville sur le Mythe de Cthulhu. On découvre également un Nautilus en construction, seule allusion à l'œuvre de Jules Verne. L’inquiétante personnalité du capitaine Achab entouré de son équipage de vieux loups de mer, l’énigme de la disparition de nombreux bateaux au large du port de New Bedford, la présence d’un monstre “pire que le kraken”, toute l’ambiance de cette Nouvelle Angleterre du XIXe siècle est très bien traduite dans les dessins comme dans le scénario de Jean-Marc Lainé.

Le dessin de Bojan Vukic est d’une qualité qui se fait rare aujourd’hui. Les voiliers sontmagnifiquement représentés sur un océan aux teintes gris-vert balayé par les embruns. L’expression des visages est très travaillée, donnant du relief aux personnages très typés de cette aventure de marins marqués par leur vie d’aventure. La teinte douce qui domine rend la lecture très agréable et n’empêche pas de belles nuances vertes et bleues comme l’océan. En prime, quelques très beaux dessins dont un kraken très impressionnant à la page 47. On trouve un clin d'œil sympathique aux afficionados de Lovecraft lorsque Melville tend au jeune homme à qui il conte l'histoire un livre couvert de signes mystérieux : s'il l'on regarde bien le détail, Vukic a repris plusieurs dessins présentés dans le célèbre Cahier de L'Herne consacré à HPL !

Le dieu poulpe

Ce deuxième et dernier tome clôture l'évocation de la légende du dieu-poulpe des profondeurs à savoir le légendaire Kraken.Achab poursuit sur l’océan le kraken responsable de la disparition de tant de navires. Jean-Marc Lainé nous entraîne dans son sillage à coups d'effets tentaculaires cinglants, dans une riposte que l'on pressentait incommensurable et qui, dans les faits, se révèle à la hauteur de nos espérances. La légende du Kraken prend toute sa puissance au travers des pérégrinations d'Achab et vient donner une explication convaincante de l'obsession du capitaine boiteux. Le dessin de Bojan Vukic reste très bon avec des morceaux de bravoure dans les scènes de combat entre les marins du Pequod et le monstre qui attaque le bateau. Il nous offre quelques très belles planches telle celle de la page 4 où encore la superbe vision d’une cité sous-marine vers la fin de l’histoire, très proche de l’univers lovecraftien. Les bateaux sont très détaillés et le rendu des paysages marins est excellent. Un aspect poétique aussi avec ces baleines blanches, gardiennent de l’océan et des cités qui gisent dans les profondeurs.

Conclusion

Le « hic » vient du scénario…Il y a pléthore de héros et de « monstres » célèbres : le Nautilus de Jules Verne, le capitaine Achab de Melville dans son célèbre manteau noir, un kraken qui tient lieu de « grand ancien » ( ?..), Moby Dick et d’autres baleines blanches et Frankenstein en prime. La créature de Mary Shelley apparaît ici en harponneur découvert sur la banquise (ce qui est logique si l’on a lu le livre de Shelley) mais qui n’ajoute rien à l’histoire déjà suffisamment encombrée de références et d’événements extraordinaires. Par contre le Nautilus est oublié comme…l’aspect lovecraftien de l’histoire ! L’auteur semble avoir eu peur de faire « trop Lovecraft » et d’échapper ainsi à la logique d’un auteur tel Melville qui place l’Homme au centre de l’univers. C’est son choix, mais le titre « Grands Anciens » est alors inapproprié. Du bon et du moins bon…

KADATH, 2011.

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