H.P. Lovecraft

L'écrivain, son oeuvre, son influence

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Les jardins de la peur : le caveau Hardwood

Par KADATH, janvier 2009

Eddy Paape est l’une des figures les plus représentatives de cette école classique belge qui a donné ses lettres de noblesse à la bande dessinée. Né en 1920, Paape étudie le dessin puis la publicité avant de se lancer dans le dessin animé. Plus tard, il travaillera avec des dessinateurs aussi connus que Morris (le célèbre cowboy Lucky Luke), André Franquin (Gaston Lagaffe, le marsupilami) et Peyo (les Schtroumpfs). On lui doit la série des Oncle Paul, tentative réussie d’intéresser les enfants à l’histoire via la bande dessinée, la série Luc Orient ainsi qu’une collaboration importante aux revues Tintin et Spirou, avant de rejoindre Pilote pour Barbe-Rouge. Pour le présent cycle d’histoires fantastiques, Eddy Paape s’adjoint le dessinateur Jean-Claude Sohier et a confié le texte à Jean Dufaux, auteur d’un grand nombres de scénarios dont la célèbre série Murena.

Le docteur Fox dirige un asile psychiatrique dont les caves cachent de véritables cellules de prisonniers ou de pauvres hères attendent la mort. Parmi eux, un certain Jack, héritier de la famille Hardwood marquée par une malédiction. Son frère, Adam Hardwood, vient lui rendre visite et espère pouvoir le guérir avec l’aide du psychiatre, malheureusement plus passionné par l’ésotérisme que par les théories de Freud ! Mais la malédiction que fait peser le terrible Miles va s’abattre sur les deux survivants du clan Hardwood… Miles, c’est Lucifer en personne dont le retour est lié à la lecture d’ouvrages de sorcellerie que le Dr Fox consultera pour son malheur. Le Diable prend possession des âmes puis des corps et sème la mort tout au long du vain combat des hommes contre sa puissance. Malgré l’intervention de l’Eglise, Miles frappera de façon hideuse tous les protagonistes de l’histoire.

Thème classique de la malédiction d’une famille qui s’est imprudemment liée aux forces du mal, Le caveau Hardwood évoque plutôt l’ambiance de la littérature gothique du XIXe siècle avec notamment une scène de morts-vivants surgissant de leur cercueils. Ceux-ci errent en une ronde de squelettes implorant le Diable lors d’une nuit pluvieuse éclairée par les inévitables éclairs d’un orage de fin du monde ! Rien ne manque au tableau classique : la brume, les croix en pierre de guingois, les hommes munis de pelles qui vont ouvrir des cercueils, il ne manque que ce bon vieux Dracula et son grand manteau noir ! Les femmes sont très présentes dans cet album, mais les pauvres sont vouées à être offertes en sacrifice au démon Miles qui les convoite aussi pour des plaisirs plus charnels. Cela donne deux scènes plutôt “adultes” : la tentative de viol de la fille du Dr Fox puis celle encore plus suggestive d’une nuit d’amour entre Adam Hardwood et la belle Roxanne. Point d’orgue de l’album, le dernier de la famille Hardwood défiguré par la malédiction qui le ronge à petit feu, reçoit un visiteur dont la carte porte le nom H.P. Lovecraft…

Le dessin d’Eddy Paape - qui n’était pas encore aidé par l’informatique en 1988 - est de bonne qualité avec un luxe de détails et une réelle recherche dans les expressions des visages. Les décors, l’ameublement des pièces, l’architecture des maisons, les couleurs utilisées, tout est très classique. Le découpage en cases aux formes presque toujours régulières se lit facilement ainsi que les phylactères très lisibles sans fantaisie graphique particulière.

C’est sans doute cette présentation traditionnelle qui fait du Caveau Hardwood une bande dessinée extrêmement… ennuyeuse ! Il faut bien l’avouer, Eddy Paape, pas plus que le scénariste Jean Dufaux, ne sont vraiment à l’aise dans le style fantastique. Les visages grimaçants aux gros yeux effrayés des héros, jusqu’au bras monstrueux en feu du démon Miles que l’on aperçoit un instant sortir d’un mur évoque les pires nanars des films de la Hammer des années 60. Ce fantastique à deux balles sur fond de filles peu vêtues en but aux désirs du Diable, mais surtout des hommes qui l’entourent, fait surtout sourire, telles les couvertures de la célèbre revue Weird Tales.

Le fantastique doit faire naître la peur, inquiéter le lecteur, lui laisser le sentiment d’un malaise en fin de lecture. Les dessins d’Eddy Paape, nonobstant leur indéniable qualité graphique, sont trop clairs pour inspirer quoique ce soit. Le scénario de Dufaux est archi-classique et n’étonnera qu’un enfant de cinq ans. Jusqu’à la couverture, ornée d’un bon gros signe ésotérique pataud en forme de W lourdement sanguinolent sur fond de cimetière aux crânes ricanants…

Les éditions Dargaud comprirent assez vite leur erreur, puisque ces Jardins de la peur ne connurent que trois jardiniers jusqu’à l’arrêt de la série en 1991 avec un tome 3 uniquement confié à Jean-Claude Sohier dont le nom n’a pas vraiment marqué l’histoire de la bande dessinée.

En résumé, un album fort peu lovecraftien sinon par la reprise du thème de la malédiction liée à la lecture des livres interdits. On y parle bien “de ceux qui chuchotent dans les ténèbres” et de livres difficilement déchiffrables, mais le lien reste assez mince. Lovecraft n’aimait guère les histoires de possession diabolique, son panthéon étant autrement plus terrifiant que ce Belzébuth décidément mis à toutes les sauces ! A lire si l’on aime le gothique naïf et dont la caractéristique est surtout de NE PAS nous faire peur !

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