H.P. Lovecraft

L'écrivain, son oeuvre, son influence

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Le gardien des ténèbres

Par KADATH, août 2008

Rodolphe, Wens et Mort London

Rodolphe - de son vrai nom Rodolphe Jaquette - est un scénariste français de bande dessinée né le 18 mai 1948. Après des études littéraires à Nanterre, il devient professeur de lettres puis s’installe comme libraire. En 1975, sa rencontre avec Jacques Lob l’oriente vers le monde de la bande dessinée où il s’impose comme scénariste. En 1977, Le conservateur est illustré par Floc'h et Enquête au collège mis en image par Goetzinger. Rodolphe est également critique en bande dessinée pour la célèbre revue (A Suivre). A ce jour, il a écrit les scénarios de plus d’une centaine d’albums dont la série Comanche de Greg et Van Hamme, Kenya avec le dessinateur Leo, ou Gothic avec Marcele et Alluard.

Isaac Wens est auteur et dessinateur de bandes dessinées, et réalise aussi des affiches, des cartes postales et des publicités. Il a travaillé en 1998 avec les éditions Milan pour la série Les aventuriers consacrée aux oeuvres de Jules Verne. Toujours en littérature de jeunesse, Wens dessine Timothée, un élève différent en 1999 pour les éditions Roque. Il publie enfin sa première bande dessinée en 1998 aux éditions Mosquito, Castor Joseph, suivie en 2000 d'un second album, Robert le diable. En 2004, Wens publie chez Soleil L'ombre de l'éventreur, premier tome des aventures de Carland Cross en collaboration avec Michel Oleffe.

En 2005, la rencontre de Wens et Rodolphe engendre la création de de Mort London, jeune homme de bonne famille devenu détective en compagnie de son ami Bram Stoker, créateur du célèbre Dracula. En mars 2005 paraît chez Glénat La fenêtre fantôme, premier tome de la série, suivi la même année par Le carnet volé. Le gardien des ténèbres constitue donc le troisième opus, bien que l'histoire soit lisible indépendamment. Celle-ci débute là où Le carnet volé se termine : avec la découverte d’un petit carnet rouge empli d’une étrange écriture labyrinthique…

Résumé

Si la plus grande partie du texte reste mystérieuse, quelques pages sont lisibles puisqu’elles sont rédigées en grec ancien : elles parlent de la visite de l’auteur des lignes à un être mystérieux dont la tête était dissimulé par une cagoule, un être à moitié humain… London découvre que l’auteur du carnet n’est autre que Charles Darwin, auteur de la théorie sur l’évolution des espèces. Son ouvrage semble attirer particulièrement l’étrange Ptah, prêtre d’une dangereuse secte. Le détective apprend qu’à la suite de sa rencontre, Darwin semble être tombé dans une longue dépression, mettant fin à sa carrière de scientifique au point qu’il n’écrira presque plus rien durant les dernières années de sa vie. Pour découvrir la relation qui existe entre le carnet, l'étrange personnage cagoulé et ce qui a bouleversé les théories du savant, Mort London se lance sur les traces du secrétaire du scientifique, James Brewster, qui a changé de nom pour devenir le docteur Ward, un montreur de monstres dans un cirque ambulant. Alors que London obtient de Ward le lieu de résidence de l’humanoïde, la jeune Victoria est chargée par Bram Stoker de surveiller Ptah en devenant sa secrétaire. Elle apprend de la bouche du prêtre qu’il existe une preuve de l'existence d'une race d’êtres intelligents ayant précédée l’apparition de l’homme sur terre… Ptah entraîne Victoria de nuit dans les caves du British Museum pour lui montrer cette preuve. La quête de London le mènera jusqu’à l’ultime vérité : l’homme cagoulé qui avait tant terrifié Charles Darwin est un Grand Ancien, dernier représentant de cette race antérieure aux hommes, ce qui sapa les convictions de Darwin…

Analyse critique

Le scénario est surprenant puisqu’il mêle habilement des personnages fictifs avec des noms célèbres. L’histoire est aisée à suivre et les textes sont biens disposés dans un format classique sans fantaisie particulière. L’album contient plusieurs clins d’oeil à Lovecraft, notamment au Modèle de Pickman puisque le mystérieux carnet rouge contient une photographie de l’être monstrueux que Darwin rencontre ; sa race évita l'invasion des hommes en réfugiant sous l’eau où l'apparence de ce peuple ancien se transforma pour ressembler aux créatures d’Innsmouth inventées par HPL ! Jusqu’à la planche finale où Victoria devient préceptrice d’un jeune homme solitaire qui grâce à elle découvre l’existence du carnet rouge et des Grands Anciens : Howard Phillips Lovecraft !

Au niveau du dessin, Isaac Wens nous offre de belles planches aux couleurs automnales agrémentées d’études d’expressives de physionomies d’hommes et de femmes plongés dans l’angoisse. L’ambiance de l’Angleterre victorienne est bien rendue, tant en scènes extérieures que dans de sombres et contrastés décors d’intérieurs où l’ocre et le beige alternent vers le bleu nuit et une belle palette de clairs-obscurs légèrement piquetés – sorte de pointillisme - qui donne un aspect “peint” agréable pour l’oeil. Wens semble particulièrement à l’aise dans cette ambiance de manoir lugubre, de pubs enfumés, le tout enveloppés de brume. On notera vers la moitié de l’album un éclaircissement des tons comme si le dessinateur avait voulu mieux “éclairer” ses scènes. L’album a la caractéristique d’être un peu plus volumineux que le classique format des bandes dessinées actuelles et offre soixante-quatre pages dont soixante-deux planches.

Conclusion

Pour conclure, on peut parler d’une vraie réussite graphique illustrant un scénario très original puisque sa fin ne présente rien moins que la genèse de la passion d’un des maîtres du fantastique. Mélangeant subtilement le genre policier au fantastique dans l’idéal décor de l’Angleterre de la fin du XIXe siècle, l’album reste dominé par une ambiance gothique proche de Poe. Une façon intéressante et créative de rendre hommage à ce Gardien des ténèbres qu’était Lovecraft…

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