H.P. Lovecraft

L'écrivain, son oeuvre, son influence

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Lovecraft et le metal

Avec Darkaeons & Toi

Le Maître aurait certainement détesté cette musique, trop éloignée de l'idéal anglais du XVIIIe siècle dont il rêvait. Comment ce gentleman sobre empreint de classicisme est-il devenu l'un des fers de lance de toute une génération de rockers hargneux et rageurs ?

A propos du metal

(Illustration Steven Archer / Creative Common by-nc-sa)

Originellement, le metal - ou heavy metal pour sa variante la plus connue - est issu du hard rock des années 70, lui-même né du rock'n'roll et du blues. Musique rebelle par essence et sans concession par définition, opposée aux conventions et aux bienséances, le metal a toujours été un exhutoire pour ses interprètes, une manière d'être comme on veut et pas comme on doit. Les métalleux ont toujours cherchés à provoquer (musique aggressive pour le non-initié, satanisme d'opérette, horreur de cinéma) ou à défendre leurs idées d'une vie simple et plaisante (alcools, drogues, femmes), qui les coupent des masses bien pensantes.

Un regard désabusé sur la société

Lovecraft intervient comme archétype de l'artiste peu en phase avec son époque et son environnement, mais tout de même intégré à la société et loin d'être un rebelle. Cet artiste a créé un univers bien plus effrayant et impressionnant que les vampires, loups-garous et autres satanistes de bas étage. Cet aspect glauque est quasiment incontournable dans le metal, dominé par une idée de noirceur de la vie, et de corruption des êtres et du monde. Certains sous-genres du metal tels que le black metal ou le death metal prônent l'insignifiance de l'être humain, de la stupidité de l'humanité et de son obsession à chercher une réponse à tout. Si l'élément scientifique des textes lovecraftiens a souvent été élagué au profit des monstres et de l'épouvante pure, il n'en est pas moins important et nécessaire : la théorie de Darwin, par exemple, est très présente puisque HPL défend une évolution de l'homme qui se trouve n'être qu'une espèce de passage parmis d'autre à régner sur Terre - mais pour combien de temps encore ? Puisque les humains sont inexistants dans la grandeur de l'univers, puisque seule la mort les attend, pourquoi ne pas prendre plaisir à la vie ? Les péchés si graves aux yeux des religions ont-ils leur place chez les vivants ? Dès lors, Lovecraft ou le metal accordent une grande importance à l'imaginaire qu'on considère comme une échappatoire à cette vie insignifiante. Il n'y a aucune raison pour HPL et pour les personnes qui partagent cet avis de ne pas mettre l'imaginaire et la réalité sur un pied d'égalité, quitte même à donner l'avantage au premier qui permet tout.

Lovecraft était athée. Son mythe l'est tout autant, la religion y est inutile. Lovecraft préfère parler de cultes ou de vénération. Il n'y a pas chez lui de dieu bienveillant, mais seulement des entités toutes-puissantes qui se fichent éperdument de l'humanité, si ce n'est pour l'asservir à ses propres besoins. Celà ne veut pas dire que Lovecraft croyait à ce qu'il écrivait, bien au contraire, mais c'était une issue aux convictions que l'on tente d'imposer aux gens “civilisés”. De manière similaire, le “satanisme” des métalleux n'est qu'une invention, une “non-religion” destinée à provoquer les croyants et à montrer les faiblesses de leur religion. Pardoxalement, des individus vivent ce satanisme grandguignolesque comme une religion… Et retombent dans le schéma critiqué !

Le metal, vecteur de popularisation du Mythe

Le métal, comme d'autres formes d'art, a popularisé Lovecraft. Ou plutôt son univers, ce Mythe de Cthulhu si cher à August Derleth. On sait aujourd'hui que le Mythe de Cthulhu tel qu'il est connu est une idée de Derleth. Celui-ci était un fervent catholique ! Ses idées ne pouvaient donc aller entièrement dans le sens de Lovecraft même s'il le pensait. Derleth s'est posé en continuateur de HPL, donnant ainsi à chacun l'impression qu'il était capable d'écrire “du Lovecraft”. Les écrivains inspirés par le Maître ont utilisés (et utilisent encore) ses monstres comme simples protagonistes plutôt que comme vecteur d'une pensée. La popularisation du Mythe a permis à de nombreuses personnes de connaître Lovecraft mais elle font une mauvaise interprétation de ses motivations. Du vivant de HPL déjà, ses amis et correspondants puisaient avec son accord dans ses noms, ses contextes, dans ses scénarii, sans perçevoir la forêt que ces arbres cachaient. Lovecraft est resté un incompris dans un genre littéraire qu'il a créé !

Cette “vulgarisation” du mythe de Lovecraft en Mythe de Cthulhu a fait découvrir son oeuvre par d'autres biais que les textes originaux : les textes de ses “disciples”… ou le metal ! De nombreux métalleux ont eux-mêmes été inspirés par le Necronomicon de Simon, un canular de faux jamais reconnu comme tel et qui mixe assez vulgairement Mythe de Cthulhu derlethien et mythologie sumérienne, et revient ainsi dans un canevas de mythes existants que Lovecraft aurait évidemment rejeté.

On peut cependant penser que les lecteurs qui commencent par lire du Derleth (en croyant lire du Lovecraft) finissent par s'intéresser à Lovecraft. Si la vision derlethienne du Mythe a desservi Lovecraft d'un point strictement artistique et littéraire, elle a cependant contribué à le faire connaître d'un grand nombre. On ne peut nier que de notre jour lorsque l'on parle de Lovecraft, c'est toujours l'idée de monstre tentaculaire et répugnant qui vient à l'esprit des fans. Le metal apporte avant tout des lecteurs qui deviennent ces fans qui liront du vrai Lovecraft et comprendrons la finalité de son oeuvre, sa particularité et son génie.

/home2/tiubuk/public_html/data/pages/culturepopulaire/lovecraft_et_le_metal.txt · Dernière modification: 2017/07/30 15:07 (modification externe)