H.P. Lovecraft

L'écrivain, son oeuvre, son influence

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Robert Bloch (1917-1994)

Par KADATH, mai 2008

Un auteur culte

Pour le grand public, le nom de Robert Bloch ne signifie pas grand-chose, mais si vous évoquez le film d'Alfred Hitchcock Psychose, votre interlocuteur ne manque pas de revoir apparaître la sinistre maison dominant la petite route où clignote l'enseigne d'un motel tenu par un jeune homme mince au regard inquiétant. Dans une interview réalisée peu avant sa mort, Bloch se plaignait :

A cause d'Alfred Hitchcock, c'est moi qui ai fait une "psychose" pour ce film, c'est comme si je n'avais écris que cette histoire...

Or, des histoires, Robert Bloch en a écris des tonnes : on lui attribue plus de trois cents nouvelles et une vingtaine de romans !

Laissons dans le cadre de cette courte présentation son oeuvre policière, nous n'évoquerons que l'aspect fantastique de son oeuvre et surtout, bien-entendu, ses rapports avec Lovecraft. Car Robert Bloch est l'unique grand écrivain américain qui eut le privilège d'être aidé dès ses premiers pas en littérature par un maître du genre : H.P. Lovecraft.

A l'école du fantastique

Originaire de Chicago où il naît en 1917, le jeune Bloch passe sa jeunesse dans ce lieu de déracinés du miracle économique US, entre deux tours de béton, ville qui connaîtra les violences de la prohibition. Il en gardera une sainte horreur des cités modernes qu'il confessera dans un court roman La fourmilière. Très jeune, il se réfugie dans les livres et marque son penchant pour les textes de fiction. En 1932, il est alors âgé de 15 ans, il se rend aux réunions des Milwaukee Fictionners, association qui réunit des écrivains en herbe. C'est durant cette période qu'il écrit à Lovecraft pour lui témoigner son admiration et lui demander des conseils pour devenir lui aussi écrivain. A sa grande surprise, le prodigieux épistolier qu'était Lovecraft lui répond. Débute alors un échange de correspondance qui ne se terminera qu'en 1937, date de la mort du créateur de Cthulhu.

Baignant dans cette atmosphère intellectuelle très riche, Bloch se lie d'amitié avec l'écrivain Henry Kuttner, puis Catherine Moore et enfin Fritz Leiber, qui se rendra célèbre notamment grâce aux romans du Cycle des Epées et plus de vingt autres romans. Atteint de la même obsession que HPL pour la correspondance, Bloch écrit à August Derleth, Clark Ashton Smith, Robert Erwin Howard…

Disciple de Cthulhu

L'influence de ses amis se sent dans ses premières nouvelles par son attirance pour les civilisations disparues et notamment l'Egypte ancienne. En 1934, il paraît pour la première fois dans la revue Weird Tales où écrivent déjà tous les amis précités. Lovecraft lui donne d'autres conseils d'écriture, rectifie certaines phrases, souligne les points importants, démonte le mécanisme de l'art de la nouvelle. Robert Bloch raconte cette rencontre :

Alors que j'étais assez jeune, je commençais à lire les histoires de Lovecraft dans Weird Tales. Lorsque j'eus quinze ans, j'écrivais une lettre à Monsieur Lovecraft et lui demandais s'il savait où je pourrais trouver un exemplaire des histoires qui me manquaient. Non seulement il m'envoya ses propres exemplaires, mais en plus il m'adressa une liste de livres de littérature fantastique qu'il possédait dans sa bibliothèque et qu'il mettait à ma disposition !... C'est ainsi que je devins le correspondant et l'ami de l'homme que je considère comme le plus grand écrivain contemporain de fantastique en Amérique, si ce n'est dans le monde entier... A cette époque, j'envoyais régulièrement mon travail à Lovecraft. Il lisait mes histoires puis les commentait ; il me donna la permission de m'inspirer de lui pour le caractère d'un de mes personnages dans "The Shambler From the Stars".

Cette nouvelle est parue en français sous le titre Le visiteur venu des étoiles (Librairie des Champs-Elysées, 1978) puis sous le titre Le tueur stellaire (Légendes du mythe de Cthulhu, Bourgois, 1975). Lovecraft répondra à cette nouvelle en insérant le personnage de Robert Blake dans son récit Celui qui hantait les ténèbres (édité en 1956 dans Par-delà le mur du sommeil chez Denoël). Bloch écrira après la mort de Lovecraft un troisième volet à ce jeu littéraire entre les deux auteurs sous la forme d'une nouvelle, L'ombre du clocher (Huit histoires de Cthulhu, Marabout 1975, puis NéO en 1984 dans le recueil Les yeux de la momie).

Comme on le voit, Lovecraft ne se limita pas à de simples conseils, mais contribua à certains textes de Bloch. Le seul dont on soit certain est Satan's Servants (Les serviteurs de Satan). Bien que la nouvelle n'a été publiée qu'en 1949, le jeune Bloch l'avait soumis à Lovecraft en 1935. Ce dernier se permit de retoucher le texte, parfois au niveau du style et de la narration, mais surtout en ajoutant des précisions d'ordre géographiques et historiques, s'agissant d'une histoire du XVIIe siècle dont il avait une connaissance approfondie. Toute sa vie, l'homme de Providence aida ainsi, gratuitement le plus souvent, des écrivains en mal d'inspiration.

Une carrière prolifique

Durant cette première période de son oeuvre, Bloch éditera de nombreux textes dont certains sont des chefs d'oeuvres : Le dieu sans visage (Weird Tales, mai 1936), Le démon noir (ibid, novembre 1936), La grimace de la goule (ibid, juin 1936), Le sanctuaire du pharaon noir (ibid, décembre 1937) ; citons aussi Frère de la chauve-souris (Ibid, novembre 1944). Bloch participera aussi à la création d'éléments du Mythe de Cthulhu, notamment en inventant le livre maudit De Vermis Mysteriis (Les Mystères du Ver) attribué à Ludwig Prinn et que Lovecraft utilisera dans plusieurs de ses textes. Dans la même filiation littéraire, Robert Bloch sera aussi influencé par le modèle admiré de tous les écrivains américains, Edgar Allan Poe. Dans la nouvelle Le phare (1953), Bloch reprend une histoire de Poe mais la termine à sa façon, le tout donnant un résultat autant poétique que fantastique. Un autre texte s'intitule L'homme qui collectionnait Poe où l'on découvre un fanatique collectionneur qui est prêt vraiment à tout pour compléter sa collection…. Un clin d'oeil de Robert Bloch qui a relu La chute de la maison Usher !

Mais petit à petit, Bloch s'éloignera du fantastique pour explorer les domaines de la science-fiction et surtout de la littérature policière. Une rupture sera franchie en 1959 lorsqu'Alfred Hitchcock achète les droits de Psychose pour l'adapter au cinéma. Plusieurs des scénarios de Bloch serviront au septième art, dont La meurtrière diabolique, Le crâne maléfique, Pourpées de cendre, Le jardin des tortures.

Retour à Arkham

En 1979, Bloch publie Strange Eons qui sera publié en français chez l'excellent éditeur parisien NéO (Nouvelles éditions Oswald) en 1980 sous le titre Retour à Arkham. Il s'agit d'un véritable hommage au solitaire de Providence, “come back” de Bloch dans le domaine fantastique qui représente l'un de meilleurs textes de l'auteur. Le roman est lié à la découverte par le héros d'un tableau qui s'avère être le fameux “modèle de Pickman” (titre d'une nouvelle de HPL). Bloch s'amuse à reprendre les scénarios de plusieurs histoires de HPL, allant même jusqu'à citer nommément Lovecraft dans le récit. Le livre se termine par une vision pessimiste du destin de l'humanité, les hommes se battent contre les Anciens Dieux, vaine lutte contre ce qui ne peut mourir !

... Il s'agita et les eaux montèrent soudain en bouillonnant, répondant à son appel... Il se dressa et les montagnes tremblèrent, s'enfonçant dans la mer. Le temps s'arrêta... La mort mourut... Le Grand Cthulhu prit possession du monde et ce fut le commencement de son règne éternel.

Robert Bloch nous laisse une oeuvre immense, cohérente, rarement prise en défaut, d'un pessimisme éclairé par la force ironique du conteur américain. Bloch est très proche de Lovecraft par cette vision sans espoir du genre humain face aux dieux, son fantastique est autant philosophique que littéraire. Bien après la mort de son mentor, Robert Bloch écrira d'ailleurs l'un des articles les plus pertinents au sujet de la personnalité de ce dernier (Voyager dans le temps avec H.P. Lovecraft). Bloch y soulignera fort justement que ce dernier ne fut après tout qu'un être humain avec ses propres contradictions : antisémite déclaré, celà ne l'avait pas empêché d'épouser une Sonia Greene, d'avoir pour ami un Samuel Loveman, et de s'être toujours montré disponible et bienveillant pour un jeune amateur comme lui. La revue Weird Tales dont Bloch fut un fournisseur régulier pendant plusieurs années illustre bien cette époque bénie du fantastique américain : des auteurs cultivés, sachant écrire dans tous les genres et donnant au fantastique ses lettres de noblesse : Robert Bloch fut l'un des princes de cette école.

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/home2/tiubuk/public_html/data/pages/hplovecraft/robert_bloch.txt · Dernière modification: 2017/07/30 15:07 (modification externe)