H.P. Lovecraft

L'écrivain, son oeuvre, son influence

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Robert Ervin Howard (1906-1936)

Par KADATH, mai 2008

Howard au-delà de Conan

Le public a tendance à coller une étiquette sur un nom. Pour Robert Ervin Howard, celui de Conan le barbare est d’autant plus solidement installé qu’il est lié au film dans lequel Arnold Schwarzenegger prête ses traits au héros. Réduire l’immense oeuvre d’Howard à cette seule image serait d’autant plus injuste qu’il fut le père de personnages très différents dans le domaine de l’héroic-fantasy, et surtout le créateur d’un univers bien particulier dans ses nombreuses nouvelles fantastiques. Le but de cette courte biographie est justement de se limiter au domaine des nouvelles fantastiques, hors des histoires des sombres guerriers tels Conan, Kull, El Borak ou Bran Mak Morn.

Pour mieux comprendre l'oeuvre d'Howard, il faut d’abord préciser qu'il naquît en 1906 à Peaster au Texas et passa toute sa vie à Cross plains, petite ville traditionnelle située près d’Abilene. Dans cette région des Etats-Unis où les souvenirs de la conquête, les guerres indiennes, la lutte contre le Mexique et la sauvagerie devenue légendaire de ces habitants ont créé un décor de violence et de passion, le jeune Robert est très tôt baigné dans cette vision virile et sans nuance du monde et de la vie. Il voyage peu - quelques visites en Louisiane ; son père médecin est un homme double : forte nature et intelligence subtile. Howard veut, comme lui, être les deux à la fois : un “guerrier” mais aussi un homme cultivé. Enfant chétif, il combat son état par la pratique de plusieurs sports dont la boxe et la musculation.

Si l’étudiant est de force moyenne, le jeune Robert Ervin découvre très tôt l’amour des livres et se trouve particulièrement attiré par l’histoire ancienne. Très vite, Perses, Mendes, Grecs et Romains anciens n’ont plus de secrets pour lui et, chose rare aux Etats-Unis, il se documente également sur l’Antiquité asiatique et africaine. Noms exotiques et paysages hauts en couleurs formeront quelques années plus tard le décor des contes et nouvelles d'Howard. Car Robert sera écrivain ! C’est une décision qu’il prend très jeune après avoir découvert les pulps qui envahissent les kiosques. Il publie sa première histoire à l’âge de dix-neuf ans dans la revue de tous les talents, Weird Tales (Spear and Fang - en français : Lance et croc). C’est le début d’un travail immense qui compte aujourd’hui plus de cinquante livres en éditions française dont nous allons survoler une partie, celle des textes fantastiques.

Nouvelles fantastiques

(Illustration © Andrea Bonazzi)

Longtemps les récits fantastiques de R.E. Howard restèrent dans l’ombre de Conan et le public francophone dut attendre en 1976 l’initiative de la Librairie des Champs-Elysées pour pouvoir découvrir un premier recueil, L'homme noir. Puis vint le travail d’édition des regrettées Nouvelles éditions Oswald (NéO) de Paris qui publièrent à partie de 1979 une série de livres d’Howard illustrés par des couvertures de Jean-Michel Nicollet : Le pacte noir, Les habitants des tombes et Le tertre maudit.

Comme il est exclu dans le cadre d’une courte présentation du travail de nouvelliste d’Howard de présenter tous ses récits fantastiques, nous nous limiterons à des textes exemplaires de son univers d’écrivain. Les quatre recueils pré-cités forment l’essentiel des nouvelles fantastiques écrites par Robert Ervin Howard entre 1925 et 1936. Tous les “grands textes” que l’on retrouve dans les anthologies sont présents. Néanmoins, pour être exhaustif, il convient de citer également trois autres recueils plus secondaires : Le chien de la mort, Le seigneur de Samarcande et La main de la déesse noire, ainsi que la nouvelle La maison d'Arabu.

N.B. : les dates placées entre parenthèses après le titre des nouvelles sont celles des premières éditions aux Etats-Unis.

L’homme noir (1976)

Le premier recueil connu en français peut servir d’archétype à l’univers de Robert Ervin Howard en matière de thèmes fantastiques. L’ouvrage se compose de huit nouvelles écrites durant la période Weird Tales des années 20 et 30.

Dans la forêt de Villefere (1925)

Ce texte est souvent cité dans les biographies consacrées à Howard : un style succinct qui brosse en quelques pages la hantise d’un loup-garou dans une forêt où rôde la peur, peu d’emphase, une narration exemplaire d’efficacité.

Les enfants de la nuit (1931)

Howard aborde dans cette nouvelle ce qui, d’après Lovecraft, était “le plus important sujet de réflexion de l’Homme” : le temps. Mais Howard l’aborde ici sous un aspect plus proche du rêve que spéculatif. Le retour vers le passé est l’occasion de se remémorer les nombreuses vies qu’ont vécu tous les êtres humains, et bien-entendu c’est vers les “âges hyboriens” qu’il nous entraîne. Dans ce texte, un Anglais de notre époque discute avec d’autres amis, dont un joue avec un silex taillé par des hommes préhistoriques : malencontreusement, ce silex assomme le jeune homme. Celui-ci se réveille plusieurs milliers d’années avant Jésus-Christ en plein coeur de guerres tribales ! Par-delà les éons, il se remémore les instincts guerriers de ses ancêtres celtes et Howard nous dépeint une belle scène de combat à coup de glaive dont il a le secret. Au début de la nouvelle, l'auteur place ses préférences en matière de littérature fantastique dans la bouche de son personnage : “J’admets volontiers que peu d’écrivains fantastiques atteignent les sommets de l’horreur véritable… La plus grande partie de leur production est trop concrète et revêt une apparence de dimensions beaucoup trop terrestres. Mais dans des histoires telles que La chute de la maison Usher de Poe, Le cachet noir de Machen et L’appel de Cthulhu de Lovecraft… les trois maîtres de l’histoire d’horreur, à mon avis, le lecteur est emporté vers les royaumes sombres et “autres” de l’imaginaire…”

Les dieux de Bal-Sagoth (1931)

Ce texte met en scène Turlogh O’Brien, guerrier celte et renégat (comme souvent chez Howard) exclu de sa tribu pour une faute qu’il n’a pas commise. Fuyant son peuple, il rencontre un drakkar viking et échoue sur une île où l’attend combat et mystère. On y découvre le dieu Gol-Goroth et son culte sanguinaire. La nouvelle se termine de façon fataliste et montre le pessimisme d’Howard : “Turlogh éclata d’un rire amer et désigna la grande colonne de fumée qui montait dans le ciel à l’horizon. Oui… Un royaume des morts… Un empire de fantômes et de fumée. Je suis Ard-Righ d’une ville fantôme… Je suis le Roi Turlogh de Bal-Sagoth et mon royaume disparaît dans le ciel matinal. En cela, il est semblable à tous les autres empires de ce monde… Il est fait de rêves, d’ombres et de fumée…”

La chose ailée sur le toit (1932)

Courte nouvelle en forme de clin d’oeil à toute l'oeuvre d'Howard (on y retrouve le poète fou Justin Geoffrey qui apparaît dans Le monolithe noir) et à Lovecraft lui-même ! Caractéristique très rare chez Robert E. Howard, ce texte n’est en rien de l’héroic-fantasy avec son cortège de combats et de lames d’acier tranchant la vie. Ici, on retrouve l’ambiance feutrée des maisons maudites, des “livres qui tuent”. L'auteur nous livre l’histoire complète de l’inquiétant ouvrage de Von Junzt, les Unaussprechlichen Kulten, ouvrage que l’on retrouve ailleurs dans son oeuvre mais aussi chez Robert Bloch, H.P. Lovecraft et Clark Ashton Smith. La chute de l’histoire atteint une tension digne des meilleurs textes gothiques de Weird Tales.

Ne me creusez pas de tombe (1934)

Ce texte introduit le mythe faustien du pacte pour ne pas mourir. Un vieil homme meurt en laissant un curieux testament : il faudra le coucher sur une table, entouré de sept bougies noires et surtout ne pas lui creuser de tombe ! Le lecteur progresse à chaque page dans l’horreur qui s’enroule comme un serpent autour de lui ; un court texte d’une intensité extraordinaire, le macabre au service de la sorcellerie sur fond de dieux anciens dans un texte écrit dans la période “tardive” de Weird Tales.

Les pigeons de l'enfer (1938)

Assez curieusement diffusé dans Weird Tales à titre posthume, ce récit récupère un thème cher à Henry Withehead : celui de la pratique vaudou et des zombies, si ce n'est que Howard place l'action en Nouvelle-Angleterre. L'histoire est décomposée en chapitres comme beaucoup de celles dans lesquelles l'auteur aimait à insuffler de l'action parsemée de mystère autour d'un thème surnaturel et épouvantable. L'originalité consiste essentiellement à remplacer le zombie par une “zuwembie” (un zombie féminin). Le mystère noué autour de l'atmosphère oppressante d'une vieille demeure abandonnée en font l'une des meilleures histoires de maisons hantées et réserve au lecteur un final surprenant et déconcertant après qu'Howard nous ait mené sur une fausse piste…

Le pacte noir (1979)

Ce recueil fut édité par NéO dans la collection Fantastique/Science-Fiction/Aventure. La couverture de Nicollet est superbe et colle très bien à l’ambiance générale des neuf textes proposés. On retrouve dans ce livre de l’héroic-fantasy, des contes fantastiques purs et des textes très proches du groupe qui orbita autour de Lovecraft à Weird Tales.

L’horreur des abîmes (1929)

Cette longue nouvelle est probablement l’une des plus réussies de l’auteur. Nous retrouvons les noirs secrets des peuples primitifs, mais dans notre société moderne, immonde enclave d’où toute l’horreur possible peut émerger. Chaque chapitre débute par des citations extraites d’oeuvres réelles ou inventées par Howard lui-même, à la manière de Lovecraft. Kathulos, le Crâne Vivant, est sorti d’un passé prodigieusement lointain pour créer un empire sur le crime et la magie à Londres. Ruelles sans issues, crimes sacrificiels, sang et ténèbres, le court roman se termine sur une note optimiste mais Howard nous rappelle la fragilité de toute civilisation.

La vallée du ver (1934)

Retour aux premiers âges de l’humanité : les peuples Pictes s’opposent aux hommes du nord, ancêtres des Vikings. La Vallée du Ver est parcourue de ruines trop anciennes que pour être imaginées et au sein de ce désert de pierres et de colonnes effondrées, un puits menant vers d’obscures horreurs issues du fond des âges. Un guerrier affrontera seul - toujours le mythe de l’homme solitaire face au danger - la créature qu’il tuera grâce au venin d’un serpent monstrueux. Ici, Howard diffère essentiellement de Lovecraft sur la possibilité d’affronter les forces issues du passé.

Le feu d'Asshurbanipal (1936)

Un an avant la mort de H.P. Lovecraft, Howard publie une nouvelle que le Maître de Providence aurait pu signer : “Moi, j’ai regardé… Je souhaiterais ne pas l’avoir fait car je sais que cette vision me hantera jusqu’à la fin de mes jours ! Je n’ai eu qu’un bref aperçu de la Chose, je ne puis la décrire comme un homme décrirait une créature terrestre… L’Homme ne fut pas le premier habitant sur Terre, d’autres Etres vivaient ici avant sa venue… et maintenant, ils sont les vestiges d’ères hideusement anciennes. Il est possible que des sphères, dans d’autres dimensions invisibles, cherchent à s’emparer aujourd’hui même de cet univers matériel…” Contrairement à Lovecraft, les héros howardiens sont parfois vaincus mais sauvent l’essentiel : leur vie. Howard ne partage pas le fatalisme pessimiste de HPL ; l’humanité ne triomphe pas toujours, mais les dieux des ténèbres sont renvoyés dans leur univers.

Magie noire à Canan (1936)

L’une des rares tentatives d’Howard d’immiscer une question sociale dans un texte fantastique : la nouvelle se déroule sur fond de guerre raciale entre blancs et noirs. Howard a vécu toute sa vie dans une région “sudiste” où les haines nées de la Guerre de Sécession étaient toujours vivace avant la deuxième guerre mondiale. Il décrit le choc de deux cultures, deux manières de vivre et de réagir face au danger. Cette dualité noir/blanc n’a rien à voir avec une quelconque vision d'un bien/mal mais représente l’affrontement entre deux conception du monde : d’une part les paysans blancs à l’esprit pragmatique, installés dans cette région depuis longtemps, et d’autre part les fils et filles d’esclaves d’avant la Guerre de Sécession. Un prêtre vaudou s’installe dans la région des marais et prêche la révolte contre les propriétaires blancs. Les morts disparaissent, l’eau des lagunes se peuple d’étranges mouvements. Les sentiments humains ne sont cependant pas absents : le héros est attiré par une jeune fille noire, et Howard nous décrit joliment une ambiance de sensualité rare dans son oeuvre. Magie noire à Canaan est considéré comme l’un des meilleurs textes de l’auteur.

Les habitants des tombes (1985)

Ce recueil présente neuf nouvelles basés sur les mêmes thèmes chers à Howard mais avec des références un peu différente par rapport au monde fantastique.

Celui qui hantait la bague (1934)

Cette nouvelle est plus proche du policier fantastique dans le style Harry Dickson. Histoire classique d’amour déçu, sauf que l’homme abandonné offre un étrange bijou à la jeune femme qui la poussera au crime. Les objets ont-ils certains pouvoir ? Oui, s’ils viennent des Indes ou d’une autre région emplie de mystères. Une parenthèse étonnante dans l’oeuvre d’Howard.

Le cobra du rêve (1968)

Un texte d’aventure autant que de fantastique : un explorateur découvre en Inde une caverne où s’entassent des trésors mais les serviteurs qui l’accompagnent en sont les gardiens et le font prisonnier. Attaché à proximité d’un cobra royal dont le venin est mortel, il voit avec horreur l’animal s’approcher de lui à chacune de ses attaques. L’arrivée inopinée d’autres explorateurs lui sauve la vie, mais pour combien de temps ? Car le serpent vient hanter ses rêves et sa morsure n’est pas du domaine du rêve… Le héros est retrouvé mort : crise cardiaque ou morsure ? Les peuples anciens de l’Inde possédaient des armes redoutables pour protéger leurs trésors, notamment la magie. Un grand texte d’Howard plusieurs fois repris dans des anthologies.

La maison parmi les chênes (1971)

Dans ce texte publié tardivement, nous retrouvons le “poète fou” Justin Geoffrey, celui qui a lu le Livre Noir et parcouru le monde à la recherche des lieux maudits. Howard dessine la vie du poète de façon autobiographique, puisqu’on apprend que “le jeune Geoffrey était un étudiant rêveur, peu enclin aux mathématiques et sciences exactes” comme Robert Ervin Howard ! Cette nouvelle a une autre caractéristique : commencée par Howard, il laissa le manuscrit à moitié inachevé ; c’est August Derleth, ami de Lovecraft et directeur des éditions Arkham House, qui retrouva le texte et le termina à sa façon ! Cette nouvelle est précieuse car elle nous offre des poèmes d’Howard que Derleth reproduit dans le récit : “Assoupies et engourdies par un grand âge, les maisons battent des paupières, Au long de rues sans but que la jeunesse a délaissées, Mais quelles formes monstrueuses, incroyablement anciennes, se glissent et rôdent, Dans les vieilles ruelles au clair de lune ?”

Les habitants des tombes (1976)

Cette nouvelle qui donne son titre au recueil est probablement l’un des textes les plus macabres de l’auteur ! Il reprend un thème déjà traité dans Le peuple des ténèbres (in Le pacte noir) et dans une aventure de Bran Mak Morn, Les vers de la terre : une race tombée en décadence totale, la dégénérescence absolue qui gît sous terre. Sur fond de vengeance personnelle, un homme accompagné de deux amis se rend dans un cimetière pour exhumer un corps. Passé le premier dans le caveau, il meurt frappé d’une crise cardiaque après avoir vu “quelque chose”… Les autres personnes découvrent que le tombeau s’ouvre vers des galeries s’enfonçant dans le sol. Ces couloirs ont été creusés par une race d’êtres qui ne sont peut être pas tous morts : “La progéniture des puits noirs de la folie et de la nuit éternelle ! Des obscénités rampantes qui grouillent et se vautrent dans le limon de gouffres insoupçonnés dans les entrailles de la terre… L’ultime horreur de la régression… Le nadir de la dégénérescence humaine… Juste ciel ! Leurs ancêtres étaient des hommes !”

Le tertre maudit (1985)

Ce recueil réunit quelques “grands textes” de Robert Howard.

La malédiction de la mer (1928)

Cette nouvelle se situe dans le petit port de Faring, que l’on retrouve dans Du fond des abîmes. L’ambiance générale fait penser à W.H. Hodgson avec son décor d’horreur venues de l’océan. Deux marins sans foi ni loi sèment la discorde dans la ville et finissent par enlever une jeune fille dont la mère est sorcière. La fille est retrouvée morte, mais sa mère jure que l’océan la vengera… Le premier des coupables tuera son complice dont le cadavre accomplira un voyage de plusieurs miles nautiques pour échouer aux pieds de la sorcière. Si l’histoire reste classique, les descriptions du port et de l’inquiétude que fait naître l’océan mérite une mention pour cette nouvelle mal connue d’Howard.

... En replis tortueux (1928)

Curieuse traduction du titre anglais The Dream Snake” qu’on s’attendrait plutôt à traduire par Le serpent de rêve… Le récit s’apparente à une autre nouvelle, Le cobra du rêve (in Les habitants des tombes) ? Ici aussi le rêve peut-il devenir une réalité atroce ? Un homme rêve toutes les nuits d’une prairie où sinue un être vivant qu’il ne voit jamais mais qui pourrait bien être un serpent gigantesque. Une “chose” s’avance vers lui un peu plus chaque soir. Ses amis se moquent de lui, lui conseillent de se reposer… Dormir, voilà le danger ! L’homme est retrouvé mort, le visage écrasé par “quelque chose”, comme un serpent gigantesque ! Rêve prémonitoire ou sorcellerie ? Du grand fantastique signé Howard.

Le monolithe noir (1931)

Cette nouvelle est aussi connue sous le titre La pierre noire. S’il fallait réaliser un “hit-parade” des meilleurs textes d’Howard, nul doute que ce texte serait classé en bonne place. Nous sommes ici en face d’un bel exemple de la période gothique de Weird Tales et l’influence de Lovecraft est évidente. Un homme lit l’ouvrage de Von Junzt, le fameux Unaussprechlichen Kulten et décide de partir en Hongrie à la recherche d’une pierre noire dont parle le livre. Sur place, il apprend que tous ceux qui ont approché ce monolithe ont été victimes de graves troubles mentaux ou rêvent toutes les nuits de choses atroces. Lui aussi tente l’expérience en s’endormant près de la pierre qui s’avère être une porte entre le passé et le présent, entre deux univers qu’il vaut mieux ne jamais mélanger ! Et le narrateur fini par cette obsédante question : «… Et une pensée m’obsède… Si une entité aussi monstrueuse que le Maître du Monolithe est parvenue à poursuivre sa malédiction aussi longtemps après l’époque indiciblement lointaine qui était la sienne, quelles formes innommables peuvent se tenir cachées aujourd'hui encore en des recoins obscurs du monde ?

Le tertre maudit (1932)

Ce texte qui donne son titre au recueil est symbolique de la démarche de l’auteur : dans ce Texas cuit par le soleil qu’Howard connait bien, un héros s’avance à la recherche d’une tombe construite par des anciens peuples indiens. Malgré les avertissements des habitants, il pénètre dans le tertre où l’attend un vampire caché là depuis des siècles ! La scène finale du combat est homérique et vaut bien les meilleurs pages de Conan. Cette nouvelle est considérée par August Derleth comme l’une des meilleures histoires fantastiques écrites par Howard.

La vallée perdue (1933)

Cette nouvelle reprend le thème d’une race dégénérée survivant dans d’obscurs mondes souterrains. Deux familles se haïssent depuis des générations et la guerre qui les oppose mène le héros à fuir dans le désert du Texas ; mais là il découvre la survivance d’un monde inconnu. Des colonnes datant d’avant le déluge, témoins d’une civilisation perdue… en surface… mais continuant une existence de taupes difformes assoiffées de sang. Pour oublier les horreurs qu’il a vues, le héros se suicide d’une balle dans la tête… Cette nouvelle a été écrite trois ans avant le suicide d’Howard : l’auteur avait-il déjà des pensées morbides ? Il est à noter toutefois que Robert Howard n’a jamais fait se suicider ses héros avant cette nouvelle.

Du fond des abîmes (1967)

Ce texte nous plonge dans les abysses océaniques et dans l’horreur d’une petite ville côtière attaquée par une entité sortie des flots. Par l’esprit et dans une moindre mesure par le style, ce texte fait penser aux nouvelles de W.H. Hodgson. La petite ville portuaire de Faring est terrorisée par un monstre des abysses ayant prit la forme d’un noyé pour massacrer la population ! Le thème du héros solitaire revient encore ici avec l’intervention d’un homme courageux qui affronte le mal.

Le chien de la mort (1986)

Ce recueil réunit huit nouvelles éditées après la mort de l’auteur en 1936.

Le chien de la mort (1973)

Cette nouvelle donne son nom au recueil met en scène un être pourvu de pouvoirs surnaturels mi-homme, mi-chien. Il s’attaque à Garfield (qui n’est pas un chat… sic), héros howardien qui apparaît dans d’autres nouvelles. Plusieurs scènes sont dignes d’un film gore avec des flots de sang qui éclaboussent des combats sans piété. L’intrigue est cependant assez pauvre et cette nouvelle est loin d’atteindre la qualité des textes des années 20.

Le dernier chant de Casonetto (1973)

Le scénario de cette courte nouvelle nous conte l’histoire d’un disque enregistrée par un chanteur d’opéra au service du… Diable ! Le son de sa voix est l’élément porteur de puissances infernales qui menacent le héros. Dans le plus pur style d’Howard, il suffit d’un coup de point viril pour briser le disque et la malédiction.

Que vienne la nuit (1970)

Ce texte peut être associé à l’oeuvre des thuriféraires de Lovecraft par le thème abordé. Le livre de Von Junzt, souvent cité par Howard, sert de base à un récit où un monstre venu de l’espace menace un petit village. Style typique d’Howard, le héros affrontera le monstre avec une arme vieille de plusieurs siècles, préférant une antique épée aux armes modernes : “Cet appétit démoniaque ne saurait être plus fort que la haine humaine ! Armé de cette lame, qui en des temps reculés a tué des sorcières, des magiciens… j’affronterais les légions obscènes de l’Enfer…”

Nekht Semerkeht (1977)

Ce récit offre un intérêt remarquable : il a été écrit en mai/juin 1936, quelques jours avant le suicide d’Howard le 11 juin 1936. Le texte a été terminé par l’écrivain A.J. Offutt sans que l’on sache exactement où finit le travail de Howard. Si le récit en lui-même n’offre que peu d’intérêt ; une histoire assez confuse de conquistador qui découvre une cité riche en or mais gardée par un magicien venu d’Egypte sur fond de combat et de magie, le texte fourni des repères sur l’état d’esprit de Howard. A plusieurs reprises, l’auteur nous parle de vie et de mort, de la brièveté de l’existence…. « …Bien sûr, nous sommes guidés uniquement par la raison, même lorsque la raison nous dit qu’il vaut mieux mourir que vivre ! Ce n’est pas l’esprit que nous nous vantons de posséder qui nous ordonne de vivre et de tuer pour vivre, mais l’instinct bestial, aveugle et irraisonné… Le jeu n’en vaut pas la chandelle !…Ah…mais empêcher qu’elle s’éteigne… »

Le seigneur de Samarcande (1986)

Ce livre comporte sept nouvelles où se mélangent tous les gens abordés par Howard dans les autres recueils, mais avec une dominante très nette pour une heroic-fantasy teintée de fantastique : on est loin de textes comme Le monolithe noir.

Le seigneur de Samarcande (1932)

Cette nouvelle est un mélange d’heroïc-fantasy et d’aventure. Le roi barbare Timour-le-Conquérant, assoiffé de conquêtes, part en campagne pour une guerre de trop, celle qui verra la fin de son règne. McDeesa, guerrier écossais, copie conforme de Conan le barbare, se rangera aux côtés du roi déchu, victime de la magie d’une femme. La scène finale évoque le film de John Boorman Excalibur par le combat sans vainqueur des deux camps qui se massacrent dans un décor de fin du monde.

Le petit peuple (1970)

Ce texte nous parle des légendes celtes et fait référence à Tolkien (Le Seigneur des Anneaux) : une histoire mettant en scène des trolls, farfadets et autres fées des bois sur lesquels plane la nostalgie d’Howard pour le “vieux monde”.

La cabane hantée (1969)

C'est un court texte qui se déroule comme Magie noire à Canaan dans les marais du sud où existent encore des rituels de magie noire parmi la population d’origine africaine. Une cabane perdue dans la lagune fut autrefois habitée par un vampire ; un homme égaré dans la région s’y refugie mais trouve une mort mystérieuse. Howard laisse planer le doute entre une solution cartésienne et une autre beaucoup plus fantastique…

Les doigts de la mort (1973)

Cette nouvelle mélange adroitement l’horreur à l’ironie ; on croirait lire du Robert Bloch. Un homme veille un mort pour lui rendre un dernier hommage comme cela se fait chez les familles irlandaises. Mais est-il bien mort ? Des doigts froids et caoutchouteux palpent le dos de l’infortuné qui cherche à s’évader : il ne s’agit que d’inoffensifs gants oubliés par le médecin-légiste, mais ils provoqueront une crise de nerfs fatale.

Les démons du lac noir (1973)

Ce texte rappelle Magie noire à Canaan. Un prêtre venu d’Haïti pratique le vaudou et espère étendre son pouvoir sur la région des marais en utilisant un homme-singe, dernier représentant d’un peuple disparu. Magie noire, scène de torture, violences sur fond d’envoûtement, tous les poncifs des pulps des années 30 sont réunis ici avec une surcharge d’exotisme parfois un peu lourde…

La main de la déesse noire (1986)

Citons enfin ce livre regroupant trois textes policiers dans lesquels le fantastique disparaît peu à peu sous les détails d’un décor en carton-pâte digne des films hollywoodiens des années 30. Robert Howard confesse : “Je n’aime pas lire du policier… alors en écrire !” De toute évidence, le créateur de Conan n’est pas à l’aise dans ce style et malgré la présence de tueurs d’origine sikhs ou asiatiques, malgré l’apparition fugace de sorcellerie, l’ambiance générale laisse le lecteur peu convaincu. Howard jette des flots de sang là où un Harry Dickson aurait placé son humour et sa réflexion d’inspecteur.

La maison d'Arabu (1951)

Il est parfois malaisé de scinder les récits proprement fantastiques de Robert Howard de ses créations dans le domaine de l'heroic-fantasy. Car si, dans cette seconde catégorie, l'horreur se trouve trop souvent atténuée par le caractère volontaire des héros et leur aisance à résoudre la sorcellerie à coups de poings et d'épées, La maison d'Arabu y fait exception. Dans cette nouvelle publiée par NéO dans le recueil Cormac Mac Art, Pyrrhas, archétype de l'aventurier fruste, évolue dans un monde antique inspiré de l'antique Sumer. Pour se débarrasser d'une malédiction, il doit ni plus ni moins pénétrer dans l'antre de Lilitu et son compagnon Ardat-Lilu, des démons avides de sang humain. Certes Pyrrhas osera affronter son destin avec la brutalité sauvage d'un Conan, mais les passages évoquant le monde des enfers et la confrontation du héros avec les deux créatures diaboliques contribuent à entretenir jusqu'à la fin de l'histoire une atmosphère d'horreur, constamment sinistre et ténébreuse.

Conclusion : un colosse aux pieds d'argile

(Illustration 0ccam)

Est-ce parce que le “guerrier” Howard était fatigué de se battre contre les démons du monde moderne que le créateur de ce monde fantastique se tira une balle dans la tête en juin 1936 ? La mort de sa mère est souvent présentée par ses biographes comme le déclenchement d’un processus mental qui l’amena au geste suprême. L’explication est certainement plus complexe, car nous l’avons vu, Howard commence à douter de la force de ses héros - et donc de la sienne puisque toute oeuvre a un côté autobiographique - dès le début des années 30. Toujours est-il que l’Amérique devait perdre en moins d’un an deux de ces plus grands écrivains fantastiques puisque Lovecraft décèdera le 15 mars 1937, laissant l’équipe de Weird Tales en deuil !

Howard a laissé une œuvre fantastique originale, certes fortement teinté d’héroic-fantasy dans le sillage de Conan, mais capable d’atteindre le fond de l’horreur ou au contraire nous entrainer dans un monde de rêve et de poésie. Celui qui voulait être aussi fort que ses héros à produit en dix ans de travail une oeuvre considérable, tant par la quantité que par la force qui émane de ces textes.

Ayant le sens du mystère et de l’épouvante, fasciné par la mort des hommes et des civilisations, Howard avait la force de Conan, mais pas son envie de vivre… Ceci donne à ces nouvelles une lueur particulière qui place Robert Ervin Howard parmi les auteurs les plus marquants de la littérature fantastique.

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