H.P. Lovecraft

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L'anti-FAQ du Necronomicon

Par Colin Low - Traduction : Peutch

Qu'est-ce que le Necronomicon ?

Le Necronomicon d'Alhazred (littéralement “Livre des Noms Morts”) n'est pas, comme le prétend la rumeur populaire, un grimoire ou un livre de sorcier. Il a été conçu comme une histoire, “un livre des choses qui sont aujourd'hui mortes mais qui reviendront” Une autre dérivation du mot Necronomicon le définit comme “le livre des règles de la mort”, mais encore une fois on y fait allusion à une histoire et non à un travail de nécromancie.

L'auteur du livre partageait avec Madame Blavatsky cette étrange tendance à recenser et compiler ensemble des faits, des rumeurs, des spéculations dont le résultat est un vaste et illisible travail dont la ressemblance avec La doctrine secrète de Blavatsky est plus que superficielle.

A l'origine, l'ouvrage a été recensé sous le nom d' Al Azif et Le Livre de l'Arabe. Azif est un mot arabe désignant le chant des insectes nocturnes ; il s'agit en fait d'une allusion aux hurlements des démons (djinn). Le Necronomicon comprend sept volumes et son édition latine fait 900 pages.

Par qui et quand le Necronomicon a-t-il été écrit ?

Le Necronomicon a été écrit à Damas en 730 ap. J.-C. par Abdul Alhazred.

Qui était Abdul Alhazred ?

Ce que l'on sait à son propos est largement dérivé d'nformations biographiques citées dans le Necronomicon lui-même. Alhazred est né à Sanaa au Yémen. Il a baucoup voyagé, d'Alexandrie au Punjab, et a beaucoup lu. Il a passé plusieurs années seul dans le désert inhabité du sud de l'Arabie. Il avait un don pour les langues et, par défi, lisait et traduisait souvent des manuscrits. Ses méthodes d'investigation étaient cependant plus proches de celles de Nostradamus que d'Hérodote. Ainsi que l'annonce Nostradamus lui-même dans ses Quatrains 1 & 2 :

Estant assis de nuict secret estude

Seul reposé sur la selle d'aerain;

Flambe exiguë sortant de solitude

Fait prosperer qui n'est à croire vain.

La verge en main mise au milieu des BRANCHES

De l'onde il moulle & le limbe & le pied;

Un peur & voix fremissant par les manches;

Splendeur divine. Le divin pres s'assied.

Tout comme Nostradamus qui utilisait des rituels magiques pour explorer le futur, Alhazred utilisait un encens (composé d´olibanum, storax, dictamnus, opium et hashish) pour clarifier le passé, et c'est cela qui, combiné avec un manque de connaissance, a fait que le Necronomicon a été largement dénigré par les historiens. Alhazred est surnommé “l'Arabe fou” ou “le poète fou”, et bien qu'il puisse paraitre excentrique aux yeux d'un homme moderne, il n'y a aucune preuve concrète d'une quelconque folie chez lui (mis à part son habitude chronique à enchaîner des paragraphes décousus les uns des autres). Il est intéressant de remarquer que le mot pour folie (“majun”) est une ancienne signification de “possédé par un djinn”, qui deviendra bientôt claire (cf. Qui sont les Anciens ?). On peut mieux comparer Alhazred à des personnalités come le philosophe grec néoplatonicien Proclus (410-485 ap. J.-C.). Proclus connaissait l'astronomie, les mathématiques, la philosophie et la métaphysique, mais était également versé dans les arts magiques théurgistes pour évoquer Hécate sous une forme visible. Il était aussi un initié des religions mystérieuses d'Egypte et de Chaldée. Ce n'est donc pas un hasard si Alhazred était familier des travaux de Proclus.

Quelle est l'histoire des éditions imprimées du Necronomicon ?

Aucun manuscrit arabe n'existe plus. L'écrivain Idries Shah a vainement cherché dans les bibliothèques indienne, égytpienne et arabes, sans succès. Une traduction latine a été réalisée en 1487 (et non au XVIIe siècle ainsi que l'affirme Lovecraft) par un prêtre dominicain. Olaus Wormius, Allemand de naissance, était le secrétaire du premier Grand Inquisiteur de l'Inquisition Espagnole, Tomas de Torquemada, et il semblerait bien que le manuscrit du Necronomicon soit tombé entre ses mains durant la persécution des Maures espagnols (“Moriscos”), convertis de force au catholicisme mais qui n'exhibaient pas assez leur enthousiasme à l'égard de l'Eglise.

C'était un acte de folie pour Wormius de traduire et d'imprimer le Necronomicon à ce moment et en ce lieu. Le livre devait avoir une fascination obsédante pour l'homme, car celui-ci fut finalement condamné pour hérésie et brûlé, après avoir envoyé une copie du livre à Johann Tritheim, abbé de Spanheim (mieux connu sous le nom de “Trithemius”). La lettre qui accompagnait le livre contenait une interprétation détaillée et blasphématoire de certains passages du livre de la Genèse. Si toutes les copies de la traduction de Wormius furent détruites, on peut néanmoins supposer que l'une d'elle a trouvé sa place dans la bibliothèque du Vatican.

Presque un siècle plus tard, en 1586, une copie de la traduction de Wormius en latin réapparut à Prague. Le Dr. John Dee (image de gauche), le célèbre magicien anglais, et son assistant Edward Kelly (plus bas à droite) étaient à la cour de l'empereur Rudolph II pour discuter sur la fabrication de l'or par l'alchimie, et Kelly acheta l'exemplaire du “Rabbin Noir”, le Kabbaliste et alchimiste Jacob Eliezer, qui avait fui l'Italie pour venir Prague après des accusations de nécromancie. A cette époque, Prague était un véritable aimant qui attirait les magiciens, les alchimistes et les charlatans de tout bord, sous le patronage de Rudolph et l'on imagine difficilement meilleur endroit en Europe pour qu'un exemplaire refasse surface.

Il semblerait que le Necronomicon ait eu une influence considérable sur Kelly parce que le caractère de ses écrits changea et qu'il se mit à pondre d'extraordinaires messages qui jettèrent les Dee dans le plus grand effroi. Crowley interpréta cela comme le premier essai avorté d'une entité non-humaine pour transmettre le Thélémique Livre de la Loi. Kelly quitta Dee peut après. Ce dernier traduisit le Necronomicon en anglais alors qu'il était directeur du Christ College à Manchester, mais contrairement à Lovecraft, cette traduction ne fut jamais imprimée - le manuscrit rejoint la collection d'Elias Ashmole d'où il rejoint la Bodleian Library à Oxford.

Certaines parties du Necronomicon furent traduites en hébreu (probablement en 1664) et circulèrent sous forme manuscrite, accompagnées d'un abondant commentaire de Nathan de Gaza, un apôtre mystique du pseudo-messie Sabbatai Tzevi. Cette version était intitulée le Sepher ha-Sha'are ha-Daath, le Livre des Portes de la Connaissance. L'histoire de cette version est tellement inhabituelle qu'elle est traitée à part (voir Qui était Nathan de Gaza ?).

Aujourd'hui, de nombreuses imitations modernes du Necronomicon circulent. Elles se reconnaissent à leur manque d'imagination et d'intelligence, des qualités qu'Abdul Alhazred possédait abondammment.

Quel est le sujet du Necronomicon ?

Le livre est surtout connu pour ses spéculations sur un monde antédiluvien. Il semblerait qu'Alhazred ait eu accès à des sources aujourd'hui disparues ; certains évènements, qui sont juste mentionnés dans la Genèse ou dans l'ouvrage apocryphe Le Livre d'Enoch, ou passés sous couvert de mythologie par ailleurs, sont ici explorés en détail. Alhazred s'est probablement servi de techniques magiques douteuses pour clarifier le passé, mais il a aussi partagé avec certains auteurs grecs du cinquième siècle avant J.-C. , comme Thucydide, un esprit critique et une véritable volonté de découvrir le sens des histoires mythologiques et sacrées.

Ses hypothèses font preuve d'une étonnante modernité, ce qui explique peut-être sa popularité actuelle. Selon lui, de nombreuses espèces autres que l'espèce humaine ont habité la Terre et l'humanité a acquis une part importante de ses connaissances grâce aux rencontres avec ces êtres “d'autres sphères” ou “d'au-delà des sphères”. Tout comme certains néoplatoniciens, il pensait que les étoiles étaient similaires à notre soleil, qu'elles avaient leurs propres planètes avec leurs propres formes de vie, mais cette croyance s'appuyait essentiellement sur une spéculaton métaphysique selon laquelle ces êtres appartenaient à une hiérarchie cosmique de l'évolution spirituelle. Il était également persuadé d'être rentré en contact - grâce à des invocations magiques - avec des créatures qu'il appelait les “Anciens” ; il mit en garde contre de terribles puissances qui attendaient leur retour sur Terre. Etonnament, il interpréta cette vision à la lumière de l'Apocalypse de Saint Jean, mais il en retourna le dénouement pour que la Bête triomphe au terme d'une épouvantable guerre dans laquelle la Terre est ravagée.

Qui sont les "Anciens" ?

Il est clair que, concernant les “Anciens”, Alhazred s'est appuyé sur des traditions déjà existantes. Selon lui, les Anciens sont des êtres “d'au-delà des sphères”, probablement les sphères des planètes, et l'état de l'astronomie à cette époque tendrait à impliquer la zone des étoiles connues ou au-delà. Ils étaient surhumains et extrahumains. Ils se sont accouplés avec des humains et ont engendré une progéniture monstrueuse. Ils ont transmis des savoirs interdits à l'humanité et ont cherché à s'immiscer dans notre existence.

Ceci est quasiment identique à la tradition juive des Nephilims (les géants de la Genèse 6.2-6.5). Littéralement, le mot signifie “les Déchus” et vient de la racine verbale hébraïque naphal, choir. Cette histoire dans la Genèse n'est qu'un fragment d'une tradition plus vaste dont on peut trouver une autre partie dans l'ouvrage apocryphe Le Livre d'Enoch. Selon cette source, une groupe d'anges envoyés pour surveiller la Terre virent les filles des Hommes et se mirent à les désirer. Ne voulant pas agir individuellement, ils prêtèrent serment et s'attachèrent ensemble, et deux cents de ces “Veilleurs” descendirent sur Terre et choisirent leurs femmes. Toutes donnèrent naissances à des géants. Bientôt, ces géants se mirent à “pécher contre les oiseaux et les bêtes et les reptiles et les poissons et à se dévorer la chair entre eux et à boire le sang”. Les anges déchus leur apprirent comment fabriquer des armes, des bijoux, du maquillage, des enchantements, et aussi l'astrologie et maints autres secrets.

Ces légendes distinctes sont développées plus tard dans d'autres sources (comme le Talmud) dans lesquelles il est clair que Enoch et la Genèse font tous deux références à une même tradition. Le déluge de la Genèse était une réponse directe au mal causé par le commerce entre l'humanité et les anges déchus. Ces derniers furent bannis et attachés :

Et je me rendis là où les choses étaient chaotiques. Et je vis l'horrible : je vis qu'il n'y avait ni ciel ni terre ferme, mais un lieu de chaos et d'horreur. Et j'y vis sept étoiles du ciel attachées là, comme de gigantesques montagnes, et qui brûlaient dans les flammes. Alors je dis : 'Pour quel péché sont-ils liés, et pourquoi les a-t-on bannis ici ?' Alors Uriel, l'un des anges sacrés qui était avec moi et leur commandait, dit : 'Enoch, pourquoi demandes-tu, pourquoi cherches-tu la vérité ? Ceci est le nombre d'étoiles qui ont transgressé le commandement du Seigneur, ils sont attachés ici jusques à ce que dix mille années, le temps imposé par leurs péchés, se consument.'

Les traditions arabes rapportent que les jinns ou djinns étaient une race d'êtres surhumains qui existait avant la création de l'humanité. Ils étaient créés à partir du feu. Certaines traditions en ont fait des êtres inférieurs aux humains, mais toutes les histoires folkloriques leurs prêtent des pourvoirs magiques illimités, et les djinns ont survécu jusqu'à aujourd'hui comme les génies des Mille et une Nuits ou d'Aladdin chez Disney. L'Islam a plié les djinns au Coran et, comme les elfes ou les fées, les djinns ont perdu avec le temps leur côté sinistre et noir. Du temps d'Alhazred, les anciennes et sombres traditions des Djinns étaient encore vivaces et des mages arabes ont tenté, par le commerce avec les Djinns, d'atteindre le pouvoir et la connaissance interdite.

Comment les Anciens sont-ils invoqués ?

Les occultistes s'accordent maintenant à dire que le système “enochien” de Dee et Kelly a été directement inspiré par les passages du Necronomicon où sont mentionnées les techniques d'Alhazred pour invoquer les “Anciens”. On doit se souvenir que le Necronomicon était avant tout conçu comme une histoire et, bien qu'il donne certains détails techniques et certaines formules, il n'a pas grand chose du manuel d'invocation pour débutant. Dee et Kelly eurent à combler de nombreuses lacunes eux-mêmes, et leur système tient donc tout autant d'idées prises dans le Necronomicon que de techniques de leur cru. Il fait peu de doute que le Sigellum Dei Aemeth (ci-dessus), le langage d'Enoch, et les Clés et Invocations sont d'authentiques emprunts. On ne peut que douter de Dee quand il prétend que Kelly les as reçus de l'Archange Uriel. Bulwer Lytton, qui a étudié au siècle dernier le manuscrit de Dee du Necronomicon, affirme sans ciller qu'ils ont été directement transcrits du livre, et que s'ils furent reçu de l'Archange, ce fut par Alhazred !

Le nom même de leur système, “enochien”, est un indice - parmi d'autres - qu'il fut inspiré par d'anciennes traditions relatées dans Le Livre d'Enoch : Dee et Kelly prévoyaient de rentrer en contact avec les Nephilims ou les Grands Anciens. On perdit la trace du manuscrit du Livre d'Enoch jusqu'au XVIIe siècle et Dee n'eut accès qu'à quelques passages cités dans d'autres manuscrits. Le nom de leur système resterait énigmatique si nous ne savions pas qu'ils mirent la main sur un recueil de légendes d'Alhazred concernant la fin du monde. Alhazred a certainement eu accès au Livre d'Enoch car cet ouvrage était courant dans l'ensemble du Moyen-Orient au XIXe siècle.

Le dix-neuvième des Appels enochiens, L'Appel des Trente Aethyrs, livre un autre indice. Aleister Crowley nomma cet Appel “la malédiction originelle de la Création”. Elle semble proférée par Dieu et constitue une malédiction alarmante (et véritablement descriptive) du monde, de l'humanité et toutes ses créatures, se terminant par ces mots : “Et pourquoi ? Parce que le regret m'est venu d'avoir créé l'Homme”.

C'est un sentiment similaire que l'on trouve dans la Genèse (6.6) : “Et le Seigneur se repentit d'avoir fait l'Homme sur la terre, et Il en fut attristé”. Ce verset fait immédiatement suite à ceux qui décrivent le mal causé par les Nephilims et le péché parcourant le monde qui en résulta ; Dieu décide en conséquence de balayer toute forme de vie sur terre par une gigantesque inondation. Grâce à sa vaste connaissance de la Bible, Aleister Crowley reconnut L'Appel des Trente Aethyrs pour ce que c'était réellement : la malédiction que Dieu jeta sur les Nephilims et sur le mal qu'ils avaient engendré. C'est cette malédiction qui les bannit de la Terre et les confina dans l'Abysse. Cet indice ne doit pas être sous-estimé. Pour faire bref : la clé ou la porte pour explorer les Trente Aethyrs est un Appel en langage “enochien” - qui serait, selon Dee, le langage des anges - et cet Appel est la malédiction qui jeta les Nephilims dans l'Abysse. Ceci confirme une pratique ancestrale visant à contrôler les forces démoniaques : tout moyen qui a été utilisé dans le passé pour soumettre une entité peut servir au magicien pour la contrôler. Cette formule se retrouve dans quasiment tous les grimoires du Moyen Age. Dans certains cas, le magicien y mentionne explicitement ces occasions dans lesquelles l'entité a été contrôlée grâce à une formule. L'entrée dans les Trente Aethyrs débute avec une malédiction divine parce que c'est un moyen de s'assurer le contrôle des entités qu'elle invoque : les Nephilims. Les Déchus. Les Grands Anciens. Dès lors, on peut établir avec certitude que le système “enochien” de Dee et Kelly est similaire dans l'esprit, et certainement aussi dans la pratique, au système d'Alhazred décrit dans le Necronomicon.

Crowley savait tout cela. L'un de ses travaux de magie les plus importants (relaté dans La vision et la voie) fut sans doute sa tentative de pénétrer les Aethyrs grâce aux Appels “enochiens”. C'était pendant sa traversée du désert nord-africain en companie du poète Victor Neuberg. Pourquoi le désert ? Crowley affirme qu'il n'y avait pas de “raison magique à cela” mais il s'est “trouvé” qu'il avait les Appels dans son sac. Il ment. S'il a choisi le désert pour cette expérience, c'est qu'il avait eu des difficultés à entrer dans le 28e Aethyr lors de ses premières recherches à Mexico, et il voulait reproduire aussi exactement que possible les pratiques d'Alhazred. Ce dernier avait effectué ses plus importantes recherches en vagabondant dans le Rub al Khali, une immense terre désertique du sud de l'Arabie - l'éloignement de la société humaine lui permettant de plonger sa conscience dans les visions profondément étranges des Aethyrs. Crowley avait lu le compte-rendu d'Alhazred (voir infra) et sa nature le poussait à imiter les personnes qu'il admirait et respectait particulièrement - il passa une grande partie de sa vie à essayer de surpasser les exploits de l'aventurier, explorateur, écrivain, linguiste et chercheur de terrain qu'était Richard Burton concernant d'obscures pratiques sexuelles d'Orient.

Quel est le lien entre le Necronomicon et la mythologie nordique ?

La nature apocalyptique de la mythologie nordique et des comparaisons détaillées entre le Ragnarok et les évènements annoncés par Alhazred ont poussé de nombreux spécialistes à se demander s'il pouvait exister une relation, bien que cela paraisse peu probable à première vue. Des recherches récentes ont révélé un lien étrange et complètement inattendu.

Dans les mythologie nordique, les dieux de la terre et l'humanité, les Aesir et les Vanas, luttent contre des anciennes puissances hostiles, représentées par les géants du gel et du feu qui élirent domicile au nord et au sud de la Grande Abysse Ginnunga, et également par Loki (feu) et ses monstrueuses progéniture. Au Ragnarok, le crépuscule des dieux, ces puissances reviennent et combattent à mort. Le plus meurtrier de ces adversaires est Surtur et les géants du feu de Muspelheim, lesquels achèvent la destruction du monde.

C'est l'essence de la prophétie d'Alhazred sur le retour des Anciens. Chez Crowley, c'est la prophétie des Eternités d'Horus, le dieu du feu conquérant. Le feu des géants de Muspelheim n'est rien d'autre que le djinn, et il est même plausible que Surtur soit une déformation de Surturiel. Uriel, l'ange chargé de surveiller les Nephilims, tire son nom du mot hébreu pour “feu”. Comme Surtur, il porte une épée embrasée.

Les liens entre Uriel et le Necronomicon sont nombreux. Alors qu'il est visiblement l'un des plus puissants archanges de Dieu, Uriel possède une face cachée qui refait surface de temps à autre et l'on se demande s'il surveille les Nephilims ou s'il les commande. Pour le feu, l'ambiguïté est la même, mais l'on pourrait aussi dire ques les anges et les Anciens ne sont que les côtés opposés d'un dé. Aujourd'hui, les liens entre le Necronomicon d'Alhazred et le mythe du Ragnarok, aussi ténus soient-ils, ne passent plus pour des coïncidences et le voyage du Necronomicon pour arriver au Pays des glaces est étonnant. Son histoire commence au nord de la Mésopotamie dans la ville de Harran. La ville de Harran a ceci de remarquable qu'elle a échappé à la conquête arabe (633-643 ap. J.-C.) et à la conversion à l'Islam. Les habitants ont continué à pratiquer le paganisme et à vénérer la Lune et les sept planètes. Encore plus remarquable : ils possédaient un grand nombre de documents hermétiques et néoplatoniciens, et quand ils furent pressés (vers l'an 830) de nommer un prophète “compatible” avec le Coran, ils choisirent Hermes Trimegistus et son professeur Agathos Daemon. De nombreux Harranais s'installèrent à Bagdad, où ils entretinrent une commmunauté distincte et où ils furent connus comme les Sabiens. Grâce à leur familiarité avec le grec, ils eurent accès à un vaste éventail de littérature et nombre d'entre eux devinrent célèbres en philosophie, en logique, en astronomie, en mathématiques et en médecine. Alhazred les décrit comme étant “célèbres pour leur connaissance des choses anciennement disparues”. Il est très probable qu'il étudia avec les Sabiens. C'était une communauté éduquée qui avait réussi à maintenir des liens forts avec le paganisme, la philosophie et les secrètes traditions arabes et grecques bien après qu'elles furent proscrites partout ailleurs.

Les Sabiens vécurent comme une communauté indépendante jusqu'au XIe siècle mais les forces de l'orthodoxie islamique devinrent telles que l'on n'entendit plus parler d'eux après l'an 1050. C'est à peu près à cette époque (les sources nordiques indiquent une date autour de 1041 ou 1042) qu'un nombre important de documents vinrent de Byzance jusque dans les mains de Michel Psellus, le célèbre historien, néoplatonicien et démonologue. La plus grosse partie de ces documents forma ce qui est maintenant connu sous le nom de Corpus Hermeticum mais il y avait d'autres documents, en particulier une copie syrienne d' Al Azif que Psellus traduisit rapidement en grec. Il ne fait pas de doute qu'un Sabien important quitta Baghdad pour Byzance en quête d'une atmosphère plus tolérante. Nul ne sait s'il la trouva.

Le XIe fut ce que les Chinois appelaient une “période intéressante”. Le duc Guillaume de Normandie envahit l'Angleterre et tua le roi Harold Godwinson. La fille du roi Harold se maria avec le prince Vladimir Monomakh de Kiev (dont la mère était la fille de Constantine IX Monomachus de Byzance). Les Russes, aidés d'un grand nombre de Scandinaves, envahirent Byzance en 1043, un évènement auquel assista lui-même Michel Psellus au côté de l'empereur. Harald Hadrada (“le Cruel”), qui devint plus tard roi de Norvège, se joignit à l'armée byzantine avec un important contingent de Nordiques, et au terme d'une longue campagne, creva les yeux de l'empereur byzantin Michel Caliphates en 1042. Le roi Harald Hadrada de Norvège envahit l'Angleterre en 1066 et fut tué par le roi Harold Godwinson … lui-même tué par le duc Guillaume à la bataille de Hastings ! Peu de feuilletons tiennent la comparaison avec ces rebondissements paneuropéens. Voilà pour l'Age des Ténèbres.

L'image populaire des Vikings avec leurs manteaux de fourrures et leurs casques à cornes est inexacte. A cette époque, ils faisaient partie de l'infanterie lourde la plus expérimentée et la mieux équipée. Leurs itinéraires de commerce traversaient les milliers de kilomètres de l'Amérique du Nord au Gröenland, à l'Angleterre, l'Irlande, toute la côte Atlantique de l'Europe, à travers la Russie jusqu'à Byzance. On les utilisait souvent comme garde du corps (Varangers) des empereurs byzantins. La plupart des Varangers parlaient couramment grec. On ne connaît pas l'année exacte à laquelle Harald atteignit Byzance à cause de légères incohérences entre les sources byzantines et nordiques mais d'après le Heimskringla, il servit Zoé la Grande vers 1030-1040. La description de leur arrivée en drakkar est fascinante :

Des vaisseaux aux armures d'acier

Exhibaient leurs gréements colorés.

Le grand prince vit à quelque distance

Les toits de cuivre de Byzance ;

Ses navires aux flancs de cygnes

Virèrent vers la ville longiligne.

En ces temps-là, la coutume autorisait qu'à la mort de l'empereur, les Varangers pillent le palais et puissent garder tout ce qui leur passait sous la main. Cette époque était violente et perturbée (l'impératrice Zoé étranglait ses maris dans leur bain) et Harald put participer à trois de ces pillages. Les chroniqueurs racontent qu'il amassa à cette occasion une grande fortune. Harald avait deux amis proches : Halldor Snorrason et Ulf Ospaksson. Halldor était brutal, imperturbable et buté jusqu'à la grossierté ; il était le fils de Snorri le Prêtre, un chef islandais de premier ordre. Ulf, lui, était extrêmement astucieux, parlait bien et il finit par épouser la belle-soeur de Harald, devenant un marshall de Norvège. C'était un incorrigible comploteur, un poète passionné, parlant couramment le grec, et il aimait passer du temps avec Psellus, entre autres pour discuter de la poésie grecque, mais surtout pour rester impliqué dans les intrigues de palais à Byzance. Il vit Psellus traduire Al Azif, en discuta le contenu, et profita de la confusion d'un pillage pour qu'un certain nombre de feuillets de Psellus “disparaissent”. Heureusement, Psellus avait toujours la version originale en syrien, sans quoi le Necronomicon aurait sans doute échoué dans les limbes de l'Histoire.

A partir de là, on ne peut que spéculer. On ne sait pas comment Halldor a mis la main sur Al Azif. On sait seulement que Ulf et Halldor retournèrent en Norvège avec Harald et qu'Halldor revint en Islande, ramenant avec lui le récit de l'aventure d'Harald et un gros butin. On connaît tout cela grâce au descendant d'Halldor, Snorri Sturluson (1178-1241), le plus extraordinaire personnage de la littérature islandaise, auteur non seulement de l' Heimskringla et d'autres travaux importants, mais aussi de l' Edda en prose ; on lui doit aussi quasiment tout ce que nous savons aujourd'hui de la mythologie nordique. Sturluson avait à sa disposition un important matériau pour ses recherches historiques et selon toute vraisemblance des éléments du Necronomicon ont été mélangés avec la mythologie nordique traditionnelle dans la description que Sturluson fait du Ragnarok. Qu'est-il arrivé au manuscript dérobé à Michel Psellus ? Bonne question…

Pourquoi H.P. Lovecraft a-t-il prétendu avoir inventé le Necronomicon ?

Deux personnes sont essentielles pour répondre à cette intéressante question : le poète et magicien Aleister Crowley, et une chapelière de Brooklyn, Sonia Greene. Il ne fait aucun doute que Crowley a lu la traduction que Dee avait faite du Necronomicon à la Bodleian Library (Oxford) sûrement en fouillant dans les papiers de Dee ; trop de passages du Livre de la Loi de Crowley ressemblent à une transcription de la traduction de Dee. Ou alors peut-être que Crowley, qui prétend avoir été Edward Kelly dans une de ses incarnations, s'en souvient de sa vie précédente !

Pourquoi Crowley ne mentionne-t-il pas le Necronomicon dans ses travaux ? Bizarrement, il était très réticent à donner ses sources. On soupçonne très fortement 777 - que Crowley prétend avoir écrit - d'être un plagiat de notes d'Allan Bennet. Sa dette morale à Nietzsche, qu'il qualifia dans un moment d'inattention de “quasi-avatar de Thoth, le dieu de la sagesse”, est méticuleusement ignorée ; il en va de même pour l'influence de Kasidah de Richard Burton sur sa “doctrine du Vrai Vouloir”.

Selon moi, le Necronomicon est devenu un embarras pour Crowley quand il s'est rendu compte à quel point il en avait inconsciemment incoporé des passages dans son Livre de la Loi.

En 1918, Crowley habitait New-York. Comme toujours, il essayait d'établir sa réputation littéraire et contribuait à The International et à Vanity Fair. Sonia Greene était une Juive énergique qui avait des ambitions littéraires. Elle s'était joint à un club de conférences, le “Walker's Sunrise Club” (?!) ; c'est là qu'elle rencontra pour la première fois Crowley, qui avait été invité à donner une conférence sur la poésie moderne.

Ils faisaient la paire. Dans une lettre à Norman Mudd, Crowley décrit son idéal féminin : “… plutôt grande, musclée et bien en chair, vive, ambitieuse, énergique, passionnée, entre trente et trente-cinq ans, probablement une Juive, pas impossible qu'elle soit chanteuse ou actrice aimant ce genre de divertissements. Elle devra être à la mode, peut-être un peu un peu rustre ou vulgaire. Très riche bien sûr.”

Sonia n'était ni actrice ni chanteuse mais correspondait à cette description à maints autres égards. Elle travaillait comme conceptrice et vendeuse de chapeaux pour femmes, et gagnait ce qui représentait à l'époque une énorme somme. On la décrivait alternativement comme “junonesque”, “une femme dotée d'un magnétisme et d'un immense charme”, “véritablement glamour avec une silhouette fortement féminine”, “l'une des plus belles femmes que j'ai jamais rencontrées” et comme “phonographe humain éduqué mais excentrique”. En 1918, elle avait trente-cinq ans et s'occupait d'une adolescente qu'elle tenait de son divorce. Quand il s'agissait de femmes, Crowley ne perdait pas de temps ; ils se virent irrégulièrement pendant quelques mois. En 1921, Sonia Greene rencontre H.P. Lovecraft et la même année, ce dernier publia le premier texte dans lequel il mentionne Abdul Alhazred (La cité sans nom). En 1922, il évoque pour la première fois le Necronomicon (Le molosse). Le 3 mars 1924, H.P. Lovecraft et Sonia Greene deviennent mari et femme.

On ne sait pas ce que Crowley a dit à Sonia Greene et ce qu'elle-même a dit à Lovecraft. Néanmoins, cette citation de L'appel de Cthulhu (1926) peut nous éclairer :

“Ce culte ne mourra pas avant que les étoiles ne reprennent leur juste configuration les équinoxes ??, et les prêtres secrets sortiront Cthulhu de Sa tombe pour qu'Il ressucite Ses sujets et qu'Il règne de nouveau sur terre. Ce moment sera facile à reconnaître car l'humanité sera alors devenue pareille aux Grands Anciens ; libre et sauvage, et au-delà du bien et du mal, ayant écartée ses lois et ses morales, et ses hommes crieront et tueront et s'amuseront dans la joie. Alors les Anciens libérés leur apprendront une nouvelle manière de crier et de tuer et de s'amuser, et la terre entière brûlera dans les flammes d'un holocauste d'extase et de liberté.”

C'est peut-être concis, un peu confus aussi, mais on y retrouve indéniablement le cachet du Livre de la Loi de Crowley. On imagine facilement la scène : Sonia et Lovecraft rient et parlent au coin du feu, et Sonia présente de nouvelles idées échaffaudées à partir des récits de Crowley ; elle n'aurait même pas besoin de mentionner Crowley, mais simplement quelques-une de ses idées pour piquer au vif l'imagination de Lovecraft. Rien ne prouve que Lovecraft ait vu le Necronomicon ou sache même qu'il existe. Son Necronomicon est remarquablement proche de l'esprit de l'original, mais certains détails sont inventés, comme on pouvait s'y attendre. Il n'y a pas de Yog-Sothoth, d'Azathoth ou de Nyarlathotep dans l'original, mais il y a bien un Aiwaz…

Qui était Nathan de Gaza ?

Nathan de Gaza est à l'origine de l'un des plus importants évènements de l'histoire du judaïsme. En 1665, alors qu'il n'avait que 21 ou 22 ans, il déclara que Sabbatai Tzevi était le Messie. Cela n'avait rien d'extraordinaire en soi - dans le passé déjà, plusieurs messies avaient été proclamés - mais vu les personnalités de Sabbatai Tzevi et de Nathan, l'annonce de l'arrivée du Messie se répandit comme une traînée de poudre dans toute l'Europe. Les conséquences de cet évènement durèrent des siècles et le judaïsme n'allait plus jamais être le même.

Nathan naquit à Jérusalem en 1643 ou 1644. Il se maria avec la fille d'un riche marchand à Gaza et s'y installa. C'était un brillant étudiant de la Torah et du Talmud et il débuta l'étude de la Kabbale en 1664. A cette époque, on attendait la venue du Messie avec impatience. Le charismatique et brillant kabbaliste Isaac Luria avait deviné que le processus de restauration touchait à son terme et que le temps de la rédemption et du Messie était proche. On trouve dans la Kabbale de Luria l'idée selon laquelle, à cause d'une catastrophe primordiale pendant la création de l'univers, les âmes humaines seraient plongées dans une réalité matérielle grossière proche de celle des Klippoths. Les Klippoths seraient la source du mal. Le mot signifie coquille ou enveloppe, donc les Klippoths seraient les coquilles ou les enveloppes de matérialité qui emprisonnent l'esprit.

La Kabbale de Luria se fondait sur des traditions très anciennes. Selon l'une de ces traditions, Dieu avait créé plusieurs mondes avant celui-ci, mais ils étaient déséquilibrés, instables et ils se désintégrèrent. Au IIIe siècle, le rabbin Abbahu écrivit : “Dieu créa et détruisit de nombreux mondes avant de fabriquer celui-ci”. Cela, combiné avec la légende biblique des Rois d'Edom qui étaient mais ne sont plus, aboutit à un mythe très élaboré de la création de l'univers. La qualité que les kabbalistes appellent Din, ou jugement, sépare une chose d'une autre. Les Klippoths représentent une incarnation extrême de cette qualité. La création de l'univers fut essentiellement un processus de définition et de séparation, donc une expression du Din, mais les puissances du Din étaient trop concentrées pour un univers viable et il fallut les séparer pour qu'une création viable ait lieu. Ces échardes concentrées de la création originale, du pur Din, chutèrent dans l'abysse. Malheureusement, des étincelles de lumière tombèrent avec elles et les Klippoths devinrent donc davantage que des coquilles vides. Ils eurent la vie. Pas énormément, mais suffisament. Le péché humain renforce les Klippoths parce qu'il leur transfère un peu de notre vie . Si je suis égoïste par exemple, je crée une séparation entre moi-même et quelqu'un d'autre donc les Klippoths se renforcent de mon égoïsme.

La nécessité de libérer les étincelles de lumière des Klippothss était l'un des thèmes dominants de la Kabbale. On croyait que vivre selon les commandements de la Torah, tout en faisant preuve de discernement mystique, de concentration et de volonté, pouvait aider à libérer les étincelles piégées, mais vivre dans le péché était le meilleur moyen de renforcer l'emprise des Klippoths. Dans des explications ultérieures, les Klippoths étaient considérés comme des puissances primordiales, démoniaques, avec sept rois qui représentaient les sept mondes détruits de la création originale.

Nathan de Gaza était fasciné par les Klippoths. Il semblerait que Sabbatai Tzevi fût maniaco-dépressif. Dans ses états maniaques, il montrait une force de caractère hors du commun et faisait des choses qu'aucun juif pieux ne ferait. Nathan écrivit un document intitulé Traité sur les Dragons (les Dragons étant les Klippoths), c'était une tentative de mythologie à partir du comportement de Tzevi, expliquant que les Messie devait redescendre dans le monde des Klippoths pour libérer les étincelles restantes. Avant la publication du Traité, Nathan fit circuler un curieux document, le Sepher ha-Sha'are ha-Daath. Il le décrit comme un commentaire de deux chapitres du livre d'Alhazred, une histoire ancestrale du monde. Le titre signifie “le Livre des Portes de la Connaissance”. Le mot pour connaissance, da'ath, a également un sens technique. Quand la Bible fut traduite en grec, le mot da'ath fut rendu par gnosis. Da'ath a un statut très étrange dans la Kabbale, car c'est le genre du non-existant, du néant. Dans la Kabbale Hermétique moderne, ce mot représente parfois un trou ou une porte vers une abysse de la conscience. Les expériences de Crowley avec L'Appel des Trente Aethyrs le menèrent dans l'abysse.

Da'ath a un aspect dual ; d'une part, c'est notre connaissance du monde des apparences, le corps des choses qui constituent nos croyances et véhicule l'illusion d'identité, d'ego et de distinction. D'autre part, c'est la révélation, la connaissance objective qu'on nomme souvent gnosis. La transition entre la connaissance du monde des apparences et la révélation impose d'avoir expérimenté l'abysse, l'abolition du sens de l'ego, la négation de l'identité. De l'intérieur de l'abysse, l'identité est impossible. C'est le chaos, l'informe. Elle contient les graines de l'identité. C'est de là qu'une infinité de portes s'ouvrent, chacune d'entre elles étant un mode d'existence. C'est à cela que Nathan faisait référence en parlant des “Portes de la Connaissance”.

Il cherchait à développer une méthodologie pour une exploration systématique des Klippoths, l'objectif final étant de libérer les étincelles, en se servant des techniques d'Alhazred. C'est un développement extraordinaire du travail d'Alhazred, assimilant les Klippoths aux Anciens primordiaux. Aujourd'hui existe sa contrepartie moderne, Le côté sombre de l'Eden.

Nathan eut bientôt une cohorte de disciples et pendant plusieurs années, le judaïsme fut accusé d'hérésie. Beaucoup d'éminents rabbins se rallièrent à Nathan et il fallut presque un siècle pour que la tension retombe. Finalement, le mouvement sabbatéen devint un mouvement secret et si l'on est sûr qu'il existe un exemplaire du Sepher ha-Sha'are ha-Daath quelque part dans une collection privée, personne ne reconnaît être en sa possession.

Où peut-on trouver le Necronomicon ?

“Nul part avec certitude” est la réponse rapide et simple, et une fois de plus, on peut suspecter Crowley d'y être pour quelque chose. En 1912, Crowley rencontra Theodor Reuss, le chef de l'Ordo Templi Orientis (OTO) allemand au sein duquel il travailla pendant plusieurs années, jusqu'à ce qu'en 1922, Reuss cède sa place à Crowley. Ainsi, ce dernier a travaillé pendant dix ans en étroite collaboration avec le chef du groupe maçonnique allemand. Dans les années 1933-38, les quelques copies connues du Necronomicon disparurent ; quelqu'un du gouvernement d'Adolf Hitler se prit d'intérêt pour l'obscure littérature occulte et commença à récolter les exemplaires par tous les moyens.

La traduction de Dee disparut de la Bodleian Library après une effraction au printemps 1934. Le British Museum connut plusieurs tentatives avortées de cambriolage, et l'édition de Wormius fut effacée du catalogue et remisée dans un entrepôt souterrain , une mine d'ardoise reconvertie (où les bijoux de la couronne furent stockés pendant la Seconde Guerre mondiale). D'autres bibliothèques perdirent leurs exemplaires et aujourd'hui, aucun catalogue de bibliothèque ne présente de véritable entrée pour le Necronomicon. On ne sait pas où se trouvent les copies actuelles mais il existerait une cachette datant de la guerre dans la zone d'Osterhorn près de Salzbourg où l'on trouverait des documents occultes et magiques - c'est peut-être lié à l'histoire récurrente d'un exemplaire qui aurait été relié avec la peau de victimes des camps de concentration.

En conclusion

L'une des choses qui m'a le plus frappé pendant ces recherches, c'est que le Necronomicon n'est pas un livre hors du temps et de l'espace. Alhazred ne l'a pas écrit dans une apparté. Aussi extraordinaire qu'en est le contenu, ce n'est rien de plus qu'une extrapolation de la connaissance actuelle. De nombreux auteurs ont pu écrire des lignes similaires, peut-être pas aussi extrêmes. Si l'on mariait la Doctrine Secrète de Blavatsky et le Côté sombre de l'Eden de Grant, et si l'on demandait à Nathan de Gaza d'en publier le résultat, on obtiendrait quelque chose de similaire en esprit, si ce n'est en contenu, au magnum opus d'Alhazred.

On attend peut-être trop de ce livre. Après tout, ce n'est qu'un livre. Aucun livre, fût-il ésotérique, ne résolvera tous les mystère, et c'est au mystère que les gens aspirent. Le mystère de la création. Le mystère du bien et du mal. Le mystère de la vie et de la mort. Le mystère des choses passées. On sait que l'univers est immense au-delà de toute imagination. Qu'y a-t-il là-bas ? Que s'est-il passé ? Quelles puissances étrangères influent sur nous ?

Les anciens se posaient ces questions. Ils n'avaient pas peur de tisser des mythes et d'imaginer. Nous le faisons aussi, mais nos Star Trek et Babylon 5 renforcent l'idée que l'univers est un lieu sûr et confortable où tout le monde parle anglais.

Si le Necronomicon connaît autant de succès, ce n'est pas tant par son contenu, mais par la terreur existentielle qu'implique son existence. Il ne rassure pas. Il ne nous dit pas que l'univers est sûr et confortable. Il nous dit simplement que nous ne sommes que quelques grains de poussières dans un univers immense et étranger, et qu'il s'y passe beaucoup de choses bizarres. Regardez dans les manuels d'astronomie ou d'astrophysique.

Vous savez que c'est vrai.

Notes

Cette version a été réalisée en septembre 1995, copyright © Colin Low 1991-1995.

Cette anti-FAQ a été compilée à partir d'informations extraites du Livre de l'Arabe de Justin Geoffrey, Starry Wisdom Press, 1979.

J'ai une dette immense envers Parker Ryan pour ses recherche sur les pratiques magiques arabes.

Colin Low n'a jamais lu le Necronomicon, n'a jamais vu le Necronomicon, n'a aucune information concernant la découverte d'éventuelles copies.

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