H.P. Lovecraft

L'écrivain, son oeuvre, son influence

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Un univers infini

Le monde cosmique de H.P. Lovecraft a été développé à la fois dans le temps et dans l'espace : l'Antiquité des dieux noirs et des démons rampants côtoit les voyages stellaires d'entités aux intentions douteuses ; il n'est ni immuable ni statique. Lovecraft a toujours pris soin de brouiller les pistes de son monde littéraire, mélangeant allègrement science et occultisme, traditions païennes et croyances monothéistes, pragmatisme et rêve. Cet univers aux frontières invisibles n'est ainsi matérialisé chez le Maître que par de nombreuses références occultes, des noms étranges, quelques cauchemars éveillés, tous inventés ou repris à d'autres auteurs. Ainsi retrouve-t-on dans les nouvelles du Maître de Providence des emprunts géographiques ou mythologiques aux mondes magiques de lord Dunsany ou d'Edgard Poe, aux ambiances sombres et gothiques d'Arthur Machen ou de Robert W. Chambers, aux univers chaotiques de Clark Ashton Smith ou de Robert E. Howard. L'univers du Mythe de Cthulhu se situe ainsi sur trois plans : la réalité temporelle, la réalité spatiale et les rêves.

Lovecraft fait fi des époques et explore les méandres du temps par la grâce de ses créatures plusieurs fois millénaires. Les murs de la cité des Anciens en Antarctique (Les montagnes hallucinées) ou de la Cité Sans Nom dans le désert proche-oriental (La Cité Sans Nom) sont couverts de gravures relatant les histoires de leurs bâtisseurs. Bâtisseurs si anciens que les hommes n'ont pas connaissance de leur existence mais qui furent pourtant bien plus évolués que nous ne le serons jamais…

Le temps chez Lovecraft n'a pas de prise. Herbert West (Herbert West, réanimateur), génie dément, réanime des créatures qui se vengeront de lui par-delà le temps. La Grand'Race de Yith fuit ses ennemis héréditaires dans le futur. Joseph Curwen, le sorcier maléfique immortel se moque bien du temps (L'affaire Charles Dexter Ward), de même que Cthulhu, mort et endormi à la fois. Quant à Yog-Sothoth, il personnifie ce temps lovecraftien corrompu, à la fois Clé et Porte. Yog-Sothoth connaît le passé, le présent et le futur, il peut les traverser comme de simples seuils. Finalement, nous pouvons constater que seuls les humains, êtres imparfaits et serviles, ne maîtrisent pas la dimension temporelle…

… Pas plus qu'ils ne maîtrisent la dimension spatiale ! Si nous sommes parfaitement capable de l'appréhender, de la mesurer, voire de la parcourir dans une certaine mesure, celà reste à notre hu-maine échelle. Au contraire, les entités du fond de l'univers traversent des étendues cosmiques en battant des ailes, à l'instar des Mi-Go ou des byakhees. Leur perspective non-euclidienne se joue de la tridimentionnalité ; pour eux, il y a une infinité de dimensions qui se superposent, se rejoignent, parfois se heurtent. De fait, pour les humains, ils faut avoir recours à un artifice pour les visiter : un miroir magique, une drogue exotique, quelques sortilèges étranges lus dans l'abhorré Necronomicon… A cet égard, Lovecraft peut être considéré comme l'un des précurseurs des courants de science-fiction temporelle, avec ses grandes traversées spatiales et ses étranges détours interdimensionnels.

Enfin, parlons de rêves. Ceux-ci tiennent une place particulière dans l'oeuvre de HPL au point qu'il leur ait consacré un pan entier de sa littérature, communément appelé Contrées du Rêve. Ces textes, sans se départir de l'indicible angoisse qui s'insinue dans tous les écrits du Maître, sont parmi ses plus poétiques : Ulthar, Polaris, Sarnath, Kadath, Inquanok sont autant de mots qui éveillent chez le lecteur une sensation d'exotisme légendaire, de pays merveilleux. Hors du temps et de l'espace, ces lieux magiques et sombrement séduisants invitent au voyage. Par cette dimension onirique, Lovecraft s'affirme comme un auteur de fantasy inspiré, dont l'univers n'est pas sans rappeler les mondes dangereux et virils de Robert E. Howard. Mais Howard nous raconte l'histoire de l'huma-nité, Lovecraft se contente de la rêver.Il faut d'ailleurs rappeler que Lovecraft avouait qu'il rêvait plus qu'il n'écrivait. Quel dommage pour nous, pauvres lecteurs, de ne pouvoir visiter ces rêves emplis de cités éternelles, de lieux impies, d'entités décharnées…

Le temps, l'espace, les rêves. Trois notions importantes de l'oeuvre du Maître de Providence qui lui donnent tout son sens. Et c'est ce qui effraie et séduit chez Lovecraft : l'impression de maîtriser ce qui nous échappe totalement…

Le carrefour des civilisations ?

L'univers de Lovecraft est certes infini, il n'en demeure pas moins que notre bonne vieille planète bleue, malgré son apparente insignifiance au sein du cosmos, occupe une place à part et fort peu recommandable : Cthulhu y est banni, Nyarlathotep la convoite, Ithaqua y fait de fulgurantes mais terrfiantes apparitions, Yog-Sothoth sait s'y faire désirer… On ne parlera pas des hordes de semidieux qui peuplent les entraillent de la Terre - Tsathoggua, Yig, Dagon ou Rhan-Tegoth, ni des espèces qui viennent régulièrement la visiter - les Fungi de Yuggoths ou la Grand'Race de Yith.

A croire que les légions cosmiques s'y donnent rendez-vous ? Pourquoi un tel engouement pour la Terre ? Ils semblerait, d'une part, que les humains sont un réservoir de ressources mentales et physiques facilement maléables et inépuisables ; de plus, les Grands Anciens aiment ceux qui les vénère et les humains sont friands de dieux en tous genre ; peut-être est-là ce qu'on appelle une alliance d'intérêt.

Ensuite, la Terre est certainement un endroit spatial stratégique puisque les Anciens (les “Choses Très Anciennes”, pas les “Grands Anciens”), les Yithiens ou leur adversaire héréditaires les “polypes volants” y ont bâtis de nombreuses forteresses ; les Mi-Go y ont également quelques avant-postes.

Tout ceci explique certainement l'importance de la Terre mais nos petites intelligences ne sont pas suffisamment développées pour appréhender correctement les intentions de ces visiteurs de l'espace et du temps donc évitons les jugements hâtifs.

/home2/tiubuk/public_html/data/pages/mythologie/un_univers_infini.txt · Dernière modification: 2017/07/30 15:07 (modification externe)